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mardi 3 novembre 2009

UN COMMERÇANT KIDNAPPÉ PAR DES TERRORISTES PUIS RELÂCHÉ GRÂCE À LA MOBILISATION DES HOMMES DE SON VILLAGE

Le terrorisme islamiste prospère aussi à l’ombre de nos lâchetés. Il déguerpit et bat traîtreusement en retraite là où se signalent les résistances citoyennes. Les villageois d’Iflissen, dans la daïra de Tigzirt, qui viennent de libérer l’un des leurs fait otage depuis vendredi par le GSPC, en apportent, une fois de plus, la preuve.

Sofiane Aït-Iflis Alger (Le Soir)- Les villageois d’Iflissen conjuguent au présent la bravoure légendaire de leurs aieux. L’honneur est sauf. En se mobilisant comme un seul homme pour la libération de T. Abdallah, hôtelier à Issenadjène, enlevé vendredi dernier par un groupe de terroristes, ils redonnent ses titres de noblesse à la résistance citoyenne contre le terrorisme. Il était temps.

Les sbires du sinistre Droukdel commençaient dangereusement à avoir pignon sur montagne, écumant les maquis, tuant, enlevant et rançonnant en toute impunité. Que de victimes ont été enlevées et exécutées, d’autres faites otages plusieurs jours durant avant d’être libérées contre paiement de rançons, dans l’indifférence citoyenne ! Partout, en Kabylie et ailleurs, la vigilance et la résistance étaient gagnées par la flétrissure, sommées qu’elles étaient de s’éteindre pour ne pas gêner la réconciliation nationale. Il était temps que quelques bravoures rallument la flamme de la résistance, tant la politique de la main tendue a raté de faire revenir la paix.

C’est fait désormais avec cette leçon de mobilisation des villageois d’Iflissen après l’enlèvement d’un des leurs. T. Abdallah a regagné son foyer et les siens sain et sauf et sans verser la caution de 700 millions de centimes réclamée par ses ravisseurs. Il ne doit rien à la réconciliation nationale. Son salut, il le doit aux villageois qui exigèrent sa libération immédiate et sans condition. Il le doit aux 2 000 mobilisés qui passèrent au peigne fin les maquis environnants. C’est grâce à cette mobilisation, que la peur a changé de camp. Qui ne se souvient de cet automne 1994 où la Kabylie s’est soulevée pour exiger la libération du chanteur et militant identitaire Matoub Lounès.

Enlevé par le GIA dans la nuit du 25 septembre, dans un bar à Takhoukht, Matoub Lounès a été relâché le 10 octobre de la même année, soit après 16 jours de captivité. La résistance citoyenne a été à l’époque salutaire pour Matoub Lounès. Elle l’a été également ces jours-ci pour ce citoyen d’Issenadjène. Combien d’autres vies auraient été sauvées si le credo de la résistance avait était maintenu tel qu’il a été suggéré et enseigné par les habitants d’Igoudjdal qui, durant la nuit du 31 juillet 1994, défendèrent vaillamment leur village contre un groupe de terroristes ? Beaucoup, pour sûr.

Car, là où essaiment les résistances populaires, le terrorisme fuit, abdique et se love dans sa lâcheté. Si la résistance n’avait pas faibli, bousculée par la réconciliation nationale, qui, il faut le dire, a démoralisé, pour ne pas dire désarmé les patriotes, peut-être que l’Algérie se serait déjà sortie définitivement de l’enfer terroriste.

S. A. I.

DES MILLIERS DE PERSONNES LIBÈRENT SANS CONDITIONS UN OTAGE

La leçon citoyenne des Iflissen

Les citoyens n’ont pas cédé au chantage

Les faits interviennent au moment même où l’Algérie lance une initiative au plan international en appelant les Occidentaux à ne pas payer de rançons aux terroristes. Quelle belle leçon des Iflissen!

Quelques heures après la réunion qui a regroupé les représentants du arch des Iflissen, les ravisseurs d’un propriétaire du bar-restaurant ont cédé et relâché leur victime sans payer aucune rançon. Il a été récupéré aux alentours de son village lssennajen dans la nuit de dimanche à lundi, vers 22h, sain et sauf et en bonne santé. En effet, la mobilisation des villageois a vite eu l’effet boule de neige dès le lendemain matin de l’enlèvement. Tôt dans la matinée, les représentants des villages de la commune d’Iflissen se sont réunis pour apporter leur soutien à la victime et sa famille.

La décision de ne pas se soumettre au diktat des ravisseurs a été prise dans l’après-midi et la mobilisation s’est spontanément transformée en une action de recherche dans la forêt. Des citoyens se sont, par milliers, rendus dans le massif forestier situé entre Tigzirt et Azeffoun en vue de récupérer la victime par tous les moyens. Dans la soirée, d’autres villages sont venus de Tigzirt pour se joindre à l’action du arch des Iflissen déjà en cours.
La tension était à son comble dans la nuit. Les villageois ne laissaient transparaître aucune volonté de se laisser faire ou de céder à la pression. Selon nos sources, les représentants du village ont clairement signifié aux ravisseurs leur refus de payer la rançon demandée et qui s’élevait à 700 millions de centimes. Vers 20h, la nouvelle de la libération du propriétaire du bar-restaurant est tombée. Il sera récupéré vers 22h par des membres de sa famille non loin de son village sans avoir versé une quelconque somme d’argent.

Toutefois, l’heureuse fin de cet enlèvement met clairement à l’avant-plan le rôle encore important de la mobilisation citoyenne que certains n’ont pas cessé de qualifier d’archaïque. Après s’être soulevé face à la hogra durant les événements du Printemps noir 2001, la même mobilisation se dresse encore une fois devant l’insécurité qui règne dans la région.
C’est en effet dans cette situation de chaos sécuritaire que les habitants de la région viennent démontrer qu’ils sont porteurs d’une citoyenneté prête à se défendre et pourquoi pas à s’organiser et s’insérer sans complexe aucun dans la modernité.

De toute évidence, la même organisation peut aussi venir à bout de beaucoup de situations conflictuelles en ces temps où la tension apparaît dans tous les domaines.

L’importance de cette mobilisation, qui a toujours existé pour défendre les individus, apparaît au vu de l’actualité. Des villages ont refusé de payer une rançon au moment même où l’Etat algérien vient de lancer une initiative au plan international en appelant notamment les pays occidentaux de ne pas payer les rançons demandées par des terroristes en contrepartie de la libération de leurs compatriotes. Notons également que la mobilisation des villageois à If1isen n’est pas unique.

Bien avant, des villages aux Ouadhias ont donné la même réponse aux ravisseurs. Un rassemblement et un sit-in s’étaient spontanément tenus le lendemain de l’enlèvement devant le domicile du citoyen de la région. Les représentants affirmaient ce jour-là que d’autres actions étaient prévues pour la libération de la victime.

A Aït Toudert dans la région des Ouacifs, les villageois d’Izerrouken ont tenu un sit-in et une marche populaire pour dénoncer l’insécurité qui paralyse leur localité. Ils demanderont des armes pour se défendre.

Cette action est venue au lendemain du kidnapping d’un commerçant qui sera libéré quelques jours plus tard. Ainsi, le message était on ne peut plus clair à savoir que les villageois ne peuvent se laisser faire indéfiniment face au diktat de quelque groupe qui soit. Semer la terreur parmi la population peut faire émerger des réflexes de self-défense capables de renverser bien des situations.

La mobilisation citoyenne est un signal que la société civile peut s’organiser et même se défendre en cas de danger suprême. N’est-ce pas que c’est dans le village d’Igoujdal dans la commune d’Azzeffoun que le premier groupe d’autodéfense est né en 1994 quand le terrorisme bombait le torse?

Cette initiative a été ensuite reprise à travers tout le territoire national pour aboutir à la constitution des gardes communaux.

Kamel BOUDJADI

LE FŒHN DE MOULOUD MAMERI ADAPTÉ AU THÉÂTRE À BÉJAÏA

Un nouvel hommage à celui qui fut l’un des fils les plus érudits de la littérature algérienne

C’est une manière comme une autre de faire lire Mammeri.

L’âme de Amusnaw continue à planer sur la vie culturelle du pays telle une fée bienfaitrice. Cette fois-ci, c’est le Le Foehn qui souffle, comme l’indique son nom, comme un vent chaud, réchauffant les planches du théâtre de Béjaïa, avec cette sortie fracassante et réussie, du metteur en scène Djamel Abdelli, et ce, au regard de l’accueil enthousiaste que lui a réservé le public, embarqué du tout début jusqu’à la fin. C’est une manière comme une autre de faire lire Mammeri, qui a pris au fil des années les allures d’un véritable rite, et, pour beaucoup, un moment très attendu pour rendre un nouvel hommage à celui qui fut l’un des fils les plus érudits de la littérature algérienne.

Nouée autour de la thématique de la guerre d’indépendance et soutenue par une superbe interprétation des comédiens, qui tout en étant facétieux ont su rendre la gravité du contexte historique, la chronique a captivé et ému.

L’histoire se déroule en plein bataille d’Alger et met en scène un jeune résistant, arrêté au moment même où il s’apprêtait à commettre un attentat contre un officier de l’armée coloniale. Emprisonné, torturé, humilié, il finit «ses épreuves» auprès de sa cible manquée qui l’interrogera vainement afin de lui soutirer des aveux. Peine perdue. Tarik tint bon, bien que se sachant voué au peloton d’exécution.

De guerre lasse, et au terme d’une parodie de procès, son captif finit en effet par donner l’ordre de le passer par les armes. La trame fort émouvante a surtout valu par la qualité du discours livré et par le truchement duquel autant Mouloud Mammeri que Djamel Abdelli interroge non seulement l’histoire mais aborde l’aspect manichéen voire philosophique de la vie. Déclamés, alternativement en kabyle et en français, les dialogues sont passés avec une fluidité étonnante et ont restitué, dans un décor pourtant loin de l’ambiance des tranchées ou des casernes, toute l’ampleur et la force du drame qui se jouait.

En fait, face à l’amplitude de la révolution qui a soufflé comme un foehn, ce vent du sud qui sévit principalement dans les alpes en Suisse, le colonialisme a perdu le sens de la mesure. Il en est devenu fou à l’image du procès mis en place pour juger Tarik et de la fin à laquelle a eu droit son bourreau...il en a tout simplement perdu la tête.

Le foehn a été écrit dans sa première version en 1957, mais a été réécrit par l’auteur ultérieurement pendant son exil en 1958. C’est seulement en 1967, que la pièce a été montée, en français, pour la première fois au TNA, dans une mise en scène conduite par Jean-Marie Boeglin, et dans laquelle furent distribués entre autres Sid-Ahmed Agoumi et Keltoum.

La question du manque de scénario se pose souvent. Mais hélas, elle se pose dans des situations particulières. Pour le meilleur ou pour le pire. Il y a plusieurs écrivains algériens, qui ont prouvé leur talent, dont les oeuvres sont interprétées par une de ces lignées humaines qui se sont construites, ici même, en Algérie. Il y a des auteurs qui sont construits de ça, qui construisent de ça et pour ça. Alors pourquoi ne pas mettre en valeur leurs oeuvres adaptables pour le cinéma et le théâtre?...

Idir AMMOUR

dimanche 1 novembre 2009

FARID FERRAGUI : «Je n’ai jamais triché avec mon public»

A partir du 22 novembre prochain, Farid Ferragui entame une tournée qui le conduira dans plusieurs villes. Après un silence de trois ans, il rebondit sans être vraiment parti. En plus de la série de spectacles qu’il prévoit, Farid Ferragui annonce la sortie de son prochain album.
Comme toujours, le thème de l’amour aura la part du lion. Mais d’autres sujets liés à l’actualité sociale et politique figureront aussi dans ce nouveau produit. Farid Ferragui a marqué plusieurs générations par ses chansons mélancoliques et sa voix triste.
Même s’il fait pleurer ses fans, ces derniers ne cessent de se ressourcer à travers ses chansons éternelles. Ecouter Farid Ferragui est toujours d’actualité même si les thèmes qu’il aborde et la manière d’aimer de l’époque n’existent peut-être plus. Sauf pour les plus nostalgiques.

L’Expression: Vous vous êtes éclipsé de la scène depuis trois ans. A quoi est dû ce long silence?
Farid Ferragui: Effective-ment, ma dernière tournée a eu lieu début 2007. Mon dernier album est aussi sorti durant la même année. Depuis mes premiers pas dans la chanson, je ne me suis jamais efforcé de faire les choses. Quand l’inspiration est là, je compose et j’écris, sinon je mène tranquillement ma vie de famille.
Quand je ne suis pas poussé par les événements, je ne compose pas. Ce sont les événements que je vis quotidiennement qui constituent la matière de mes chansons. Je reçois ces événements douloureux en plein dans ma chair puis, avec le recul, je les traduis en poèmes et en mélodies.
Je ne vis pas la chanson comme un métier. C’est plus une maladie qui s’aggrave en la soignant. Je pense que mon public s’est habitué à ma méthode de travail. Mes fans savent comment je fonctionne.
Je me suis déjà absenté de la scène pendant dix ans et à mon retour, en 2000, j’ai été agréablement surpris que le public ne m’a point oublié.
Mon public est un ami, ce n’est pas la fréquence des rencontres qui mesure une amitié mais c’est plutôt la fidélité et la sincérité. Et je pense que là-dessus, aucun problème ne se pose entre mes fans et moi.
Je préfère conserver le silence pendant deux à trois années pour offrir à mon public des chansons dans les règles de l’art et aussi, afin d’éviter la redondance.
Même si mon public m’oublie, je crois que je l’ai marqué à travers de longues années que nous avons partagées. C’est une passion que j’ai vécue avec lui.

Vous revenez à partir du 22 novembre prochain avec une nouvelle tournée. Pouvez-vous nous en parler?
Est-ce qu’on peut l’appeler tournée? J’ai essayé d’apporter une méthode de travail dans l’organisation de spectacles qui répond aux critères du professionnalisme moderne. Malheureusement, plusieurs obstacles empêchent cette démarche de s’inscrire dans la durée.
En l’absence de véritables boîtes d’organisation de spectacles, cette méthode de travail est vouée à l’échec. Il faut qu’on soit réalistes.
Dans mes spectacles précédents, j’ai été le financier principal et je me suis occupé personnellement de tous les détails de l’organisation jusqu’aux sandwichs à partager avec mes musiciens. C’était un rythme infernal que je ne pourrais plus assumer. Cette fois-ci, je me limiterai à ma mission, celle de chanter.

Revenons à votre tournée, si vous permettez.
Il s’agira d’une tournée négociée et limitée. J’ai un premier récital à l’espace Reuily de Paris pour le 22 novembre. Puis, deux à trois spectacles à la Maison de la culture de Tizi Ouzou à partir du 16 décembre prochain. Je me produirai aussi dans les villes habituelles: Béjaïa, Bordj Bou Arréridj, Alger et probablement Oran. J’essayerai d’y être. Je reste ouvert à toutes les propositions.
Mais ce n’est plus à moi d’organiser comme je le faisais dans le passé. S’il y avait des boîtes privées professionnelles, j’aurais préféré, travailler avec elles. Ça aurait été mieux. En France aussi, j’ai reçu pas mal de propositions. Les dates de tous les spectacles seront communiquées en temps opportun.

Votre nouvel album sortira-t-il à l’occasion de cette tournée?
L’album est presque fini. Mais dans ma méthode de travail, je peux tout remettre en cause et redémarrer à zéro. Si tout va bien, le CD sortira en mars ou avril. Je n’ai pas de problème de producteur. J’étais bousculé par les problèmes de la vie.
C’est ce qui a engendré ce retard. Il y a aussi le souci de perfection qui me rend les choses plus difficiles: Pour cet album, je dois encore prendre un peu de temps pour mieux revoir les choses.

Qu’en est-il des thèmes abordés dans ce nouveau produit?
Une partie est réservée aux chansons d’amour comme d’habitude. Il y en aura trois. D’autres chansons sociales et politiques y figureront. Le titre de l’album est extrait de l’une des chansons.
C’est toujours une expression, qui sort de l’ordinaire et qui n’a pas été employée, qui sert d’intitulé à mes albums, comme c’est le cas de l’album de 2007: Le Fleuve de la vie.

Vous chantez toujours avec le même style, ne pensez-vous pas au changement, surtout que certains de vos admirateurs ne cessent de vous interpeller à ce sujet?
Je crois sincèrement que si quelqu’un change de style, il change lui-même. Changer de style signifie qu’on n’a jamais été soi-même.
Ce que je dis là peut paraître sévère mais c’est ma propre conviction. Personnellement, je ne songe pas à changer de style. Si un jour mon public cessait de m’écouter, j’arrêterai tout simplement de chanter.
Je reste dans la chanson mélancolique. Chaque artiste détient son propre style et chaque mélomane aime un genre donné. Il ne faudrait pas chercher à imposer des styles au détriment de la diversité. C’est vrai que certains de mes fans n’arrêtent pas de me le demander.
Je respecte beaucoup leur choix. Pour leur faire plaisir, j’essayerai un jour de mettre plus d’instruments dans une ou deux chansons, je verrai ce que cela donnerait comme effet.

Vous êtes connu pour avoir comme compagnon fidèle votre luth.
Quand j’ai commencé mon parcours, en 1981, je chantais avec une guitare. J’ai utilisé le luth uniquement dans les chansons rythmées comme Tamghart et Yehfa u Dariw.
Ce n’est que dans les années quatre-vingt-dix que j’ai opté carrément pour le luth. Depuis ces années, je n’ai plus touché à la guitare. Mon instrument fétiche est le luth.

Quel regard portez-vous sur la situation déplorable de la chanson kabyle actuellement? Que pensez-vous de l’absence de relève et du terrain accaparé par les chanteurs connus sous le nom «non-stop»?
Les chansons pour se défouler doivent exister. C’est tout à fait normal. Ce qui est regrettable, en revanche, c’est l’absence de création. Se limiter aux reprises et tomber dans le réchauffé ne fera pas avancer la chanson kabyle d’un iota. De cette manière, il ne peut pas y avoir de relève.
Ceci dit, il ne faut pas s’alarmer non plus. Les chansons classiques et thématiques sont immortelles. Elles auront toujours ceux qui les écouteront. J’insiste que les médias jouent un rôle très important dans le domaine de la promotion de la chanson de qualité.
Toutefois, ce phénomène n’est pas spécifique à l’Algérie. A l’étranger aussi, une multitude de groupes aspirent à quelque chose. Le temps finit par faire le reste. En France, par exemple, les constances musicales restent Brel, Piaf, Moustaki et les autres chanteurs de même stature.

Revenons à vous. En 2011, vous allez commémorer vos trente ans de carrière. Faites-nous un bilan du chemin parcouru.
J’ai donné ce que je peux. Je n’ai jamais triché avec mon public. Même quand je m’absente, c’est dans le souci de ne pas le décevoir.
Mes fans sont conscients de cela. Sur le plan de la production, je suis satisfait mais j’aurais souhaité donner plus sur scène.
Le peu de spectacles que j’ai animés, c’était des galas de qualité. Je n’ai pas lésiné sur les moyens ni sur les efforts afin de pouvoir tout le temps être à la hauteur. La presse m’a beaucoup encouragé et aidé.
Les journalistes ont donné une autre dimension à ce que je faisais. Je regrette énormément l’absence d’infrastructures culturelles dans des villes de Kabylie.
Autrement, j’aurais pu chanter sans interruption pendant une quinzaine de jours en faisant toutes les régions. C’est bien d’organiser des festivals, mais ce serait beaucoup mieux d’investir dans des projets culturels durables.

N’avez-vous pas l’intention d`enregistrer, de nouveau, vos belles chansons, comme Agouni n tayri, Ayid, Xa hemlaghk?
Depuis longtemps, cette idée existe dans ma tête. C’est une question de temps. Je le ferai. J’insiste qu’il faille que je fasse du bon travail. Et pour pouvoir y parvenir, il faut éviter de bâcler. Il faudrait que toutes les conditions soient rassemblées pour ce faire.

Qu’en est-il des produits audiovisuels?
C’est le même problème. Pour réaliser un travail de qualité, il faut une conjugaison d’efforts entre plusieurs professionnels. II faut aussi prendre du temps afin de pouvoir aboutir à des clips de qualité. Pour l’instant, nous sommes en train d’apporter les dernières retouches, avec mon producteur «Ifri-Music» à l’enregistrement des spectacles de 2007.
Je revoie régulièrement les enregistrements. En principe, leur sortie en CD ne saurait tarder.

Entretien réalisé par Aomar MOHELLEBI

Entretien avec Tassadit Yacine : “Jean Amrouche est présent au Sila, c’est bien, mais maintenant, c’est au public de l’honorer”

La Dépêche de Kabylie : Le journal de Jean El-Mouhoub Amrouche que vous avez édité est présent dans ce Sila.


Tassadit Yacine : Je suis d’abord heureuse d’être là. Je suis très contente que Jean Amrouche soit présent dans ce salon, donc dans son pays d’origine. Ce livre sort chez Alpha et j’espère simplement qu’il sera lu et largement diffusé.


Concernant son prix de vente, Alpha le propose durant ce salon pour 1 000 DA. Peut-on dire que vu son volume, son contenu et son importance, ce journal est accessible à tout le monde ?


Je ne connais pas le prix moyen du livre. C‘est vrai que c’est un gros livre, c’est vrai que c’est un gros travail et que le prix de 1 000 n’est pas trop cher. Mais, si on pouvait baisser encore un peu plus le prix, ce serait encore mieux, car le contenu de ce livre est indispensable à une diffusion la plus large possible.


Comment avez-vous fait pour ramasser tout ce trésor inestimable ?


Cela fait quand même longtemps que j’ai commencé à y travailler, une bonne quinzaine d’années. En fait, j’ai commencé par éditer Chants Berbères de Kabylie puisque la famille Amrouche m’avait remis les textes en Kabyle qu’il a fallu transcrire également en Français. C’est donc à cette époque que Pierre Amrouche m’a remis donc ce journal dans l’espoir de l’éditer un jour. C’est un manuscrit de 1000 pages qui nécessitait donc un travail énorme. Mais, dès le départ, nous avions décidé que le journal suivrait après Chants Berbères de Kabylie.


C‘était, en quelque sorte une manière de compléter ce que nous savons de Jean Amrouche.


Pensez-vous que la présence de Jean El Mouhoub Amrouche dans un salon officiel et institutionnalisé ouvrira la voie à sa réhabilitation ? Par exemple, la maison de la culture de Bgayet porte bien le nom de Taos Amrouche sans pour autant que cela soit officiel.

Je vais vous dire une chose : Il faut être positif car quand on fait un premier pas vers l’ouverture et la reconnaissance, je trouve que c’est bien car c’était un tabou qui est déjà levé que ce soit de manière officielle ou autre. Bon, concernant ce salon, la porte n’a pas été ouverte uniquement pour Jean Amrouche. En ce qui le concerne, il est présent et c’est bien comme ça, mais maintenant, c’est au public de l’honorer.


A propos de public, le journal de Jean El Mouhoub Amrouche est très attendu à Bgayet et vous êtes même demandé pour refaire un café littéraire et une vente-dédicace spécialement pour cela.


Je prends rendez-vous dès maintenant. J’aimerais bien venir à Bgayet avant la mi-décembre pourvu que l’on se mette d’accord à l’avance, c’est tout. En tout cas, si on arrive à faire une vente-dédicace à Bgayet, je serais très contente parce que j’aurai beaucoup de temps et cela me permettra même d’en parler avec des étudiants et universitaires aussi. Car il faut savoir qu’ici au SILA, il y a tellement de monde, de conférences et un programme très chargé et je n’ai pas assez de temps car le temps est limité.


Laissons donc le public découvrir Le Journal de Jean El-Mouhoub Amrouche. En attendant, avez-vous un message à transmettre aux Kabyles ?


Un message ? Oui : Il faut honorer la culture. Jean El Mouhoub Amrouche en fait partie et c’est tout un monde qu’il faut visiter.


Propos recueillis par A. S.

samedi 31 octobre 2009

Meksa : 21 ans déjà !

Cette fois, le travail est plus modernisé avec l’introduction du piano, de la guitare basse et de la batterie. Avant de s’arrêtr, l’enfant de Mira produira, en 1982, “Amnekcham” et se consacrera à son travail d’information. Il décidera, par la suite, de revenir en registrant l’album qu’il n’aura pas le temps mettre, de son vivant, sur le marché puisque le destin en décidera autrement. En effet, Abdelkader Meksa enregistrera “Amaghar Azemni” contenant, entre autres, “Ayelli” et “Tamila” en juillet 1988, quelques mois à peine avant sa disparition tragique...

Sinistre fut le 31 octobre 1988 pour la culture kabyle, et pour cause ! Abdelkader Meksa disparaissait, en effet, dans un tragique accident de la circulation en France alors qu’il n’avait que 34 ans et qu’il venait d’enregistrer son 4e album “Amghar Azemni” signant ainsi son retour sur la scène artistique après un silence qui a duré depuis la sortie de son album “Amnekcham” en 1982.

L’enfant de Mira (Ath Djennad) commence sa carrière comme comédien à la Radio Chaîne II avant de se lancer dans la chanson. D’ailleurs, la première, Loundja, eut tout de suite un grand succès : c’était en 1973. Deux ans plus tard, Abdelkader Meksa Bouclera son premier album qui contient, justement, Loundja et d’autres titres qui ont eu énormément de succès tels que Assif Assif, Anzar et Tafsut : en tout, cet album contient huit chansons.

Deux années plus tard, Meksa reviendra avec un deuxième album, intitulé “Messinissa” et contenant également Zelgoum, Tagrawla, Arzaz t-tzizwa et Tafunast Igujilen. Cette fois, le travail est plus modernisé avec l’introductin du piano, de la guitare basse et de la batterie. Avant de s’arrêtr, l’enfant de Mira produira, en 1982, “Amnekcham” et se consacrera à son travail d’information.

Il décidera, par la suite, de revenir en registrant l’album qu’il n’aura pas le temps mettre, de son vivant, sur le marché puisque le destin en décidera autrement. En effet, Abdelkader Meksa enregistrera “Amaghar Azemni” contenant, entre autres, “Ayelli” et “Tamila” en juillet 1988, quelques mois à peine avant sa disparition tragique... D’ailleurs, à propos de sa mort, sa famille parle plutôt d’assassinat raciste.

En attendant, depuis la disparition de Meksa, l’ENTV n’a jamais daigné passer ses enregistrements pourtant diffusés de son vivant : Pourquoi ? Pire encore, à sa mort, seules les revues Actualités de l’émigration et Révolution africaine lui ont rendu hommage en novembre 1988.

Amastan S.

mardi 27 octobre 2009

Hommage à Medjahed Hamid : “Joyeux anniversaire pour tes quarante ans de chansons”

Les initiateurs de cet hommage n’ont pas manqué de répéter et d’insister sur l’idée que Medjahed Hamid, est un précurseur c’est lui qui a ouvert la voie de la musique à des centaines de chanteurs de la nouvelle génération qui ont pris aujourd’hui la relève. Ses chansons intemporelles sont passées de génération en génération sans qu’elles perdent de leur sens et de leur intensité. Pour cela, et sur le volet musical, chacun des chanteurs présents a présenté une chanson au menu des activités programmées.

L’hommage rendu hier à l’artiste polyvalent Medjahed Hamid était exemplaire. Une sympathique réception a été organisée en son honneur, au cours de laquelle, l’artiste a rencontré ses amis qu’il n’a pas revu depuis une dizaine années. La cérémonie a été marquée par une présence remarquable des différentes figures artistiques algériennes. Qu’ils soient, chanteurs, musiciens ou comédiens, ils étaient tous présent pour dire un seul mot à Medjahed Hamid «Joyeux anniversaire pour tes quarante ans de chansons». L’association «El Marhada» de Aïn Benian qui a concocté cet hommage, a accueilli pour sa part, des chanteurs pour puiser à cette occasion dans le répertoire du chantre de l’amazighité. La commémoration était certes organisée par l’association «El Marhaba», et a été parrainée par l’Office national des droits d’auteurs (ONDA).

Les initiateurs de cet hommage n’ont pas manqué de répéter et d’insister sur l’idée que Medjahed Hamid, est un précurseur c’est lui qui a ouvert la voie de la musique à des centaines de chanteurs de la nouvelle génération qui ont pris aujourd’hui la relève. Ses chansons intemporelles sont passées de génération en génération sans qu’elles perdent de leur sens et de leur intensité. Pour cela, et sur le volet musical, chacun des chanteurs présents a présenté une chanson au menu des activités programmées. De nombreux chanteurs de renom se succéderont sur scène, venus spécialement pour participer à l’événement. L’hommage aura ainsi ciblé une musique amazighe dans sa richesse et sa variété. Le coup d’envoi de cette célébration a été donné par le chanteur Izoran, en chantant l’une de ses meilleures chansons. Suivi par les autres chanteurs et chanteuses, parmi eux, on peut citer Louiza, Nouara, ldjida thamchtouht, Ahcene Abassi, Farid Faragui, ….et d’autres «voir les impressions ». L’ambiance était familiale et conviviale en même temps. Très ému, Medjahed Hamid n’a pas cessé, tout au long de la soirée, d’exprimer ses remerciements à ses invités et aux organisateurs de cet événement. Avec les invités et ses amis qu’il a reçus dans cette salle de fête, il s’est remémoré le long parcours, riche en bons… et en moins bons souvenirs. Une demi-journée consacrée à cet homme de la chanson Kabyle n’était pas suffisante pour remémorer dans ses moult détails une nostalgie commune, gravée dans la mémoire de cette famille artistique.

Akli Slimani

Medjahed Hamid : “Ma joie est immense”

La Dépêche de Kabylie : Après quarante ans de chansons, un humble hommage vous a été rendu aujourd’hui. Un hommage qui a regroupé la famille artistique dans cette salle a Aïn Benian, quelle est votre première impression ?

Medjahed Hamid : J’ai un sentiment de fierté, et c’est un double hommage parce que celui-ci me permet de revoir des amis que je n’ai pas vu depuis plus de vingt ans.

Et je suis fier d’être honoré par l’association «El Marhaba » de Aïn Benaïn, qui ont essayé de me contacter depuis plus d’une année, pour préparer cet hommage, et c’est plein d’émotion que je suis là, à la rencontre des amis artistes, comédiens musiciens que j ai invités.

Donc, j’ai invité pour cette occasion certains chanteurs que chacun chante une chanson. Parmi eux, les jeunes de la nouvelle génération, et les anciens bien évidemment.

Pour l’occasion, certains chanteurs qui ont passé dans votre émission radiophonique «Igneyen Uzeka» sont bien présents aujourd’hui, pour assister à votre hommage. Que pourriez-vous dire à ce sujet ?

Et ben voilà, c’est une occasion pour eux de se faire connaître parmi les anciens chanteurs. Je pense que c’est une bonne chose pour eux.

Apres ce long parcours dans la chanson Kabyle, comme animateur d’une émission qui a beaucoup contribué à la découverte de nouvelles voix. Quel sentiment ressentez-vous aujourd’hui ?

Comblé tout simplement, et je peux dire qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire. Et mon plaisir est deux fois plus immense, et deux fois plus grand, car une association de Ain Benian a pensé à moi.

Leur geste est vraiment émouvant. Normalement, il y a d’autres organismes d’Etat, et d’autres institutions qui ont les capacités pour le faire, mais la chance n’a pas été avec moi, ce sont toujours de petites gens qui se souviennent de leur semblables. Et c’est avec plaisir, que j’ai répondu favorablement à cet événement.

Vous venez de reprendre, il y a quelques mois votre émission à la radio chaîne II, et qui s’intitule Ithran, est ce que l’objectif est resté le même, c'est-à-dire à la recherche de nouvelles voix ?

Bien sûr, j’ai repris l’émission depuis une année, d’où ont émergé deux chanteuses et huit chanteurs, dommage q’une chanteuse s’est absentée pour empêchements familiaux. Pourtant, elle chante bien, car c’est une aubaine pour elle de se faire connaître par tous les artistes. Donc, ces chanteurs savent ce qu’ils ont gagné.

Propos recueillis par A. S.

Hamid Medjahed : Le parcours d’un précurseur

Il est aussi difficile de parler d’un artiste polyvalent qui a réussi à marquer de son empreinte la chanson kabyle surtout lorsqu’on parle d’un grand chanteur tel Hamid Medjahed, né en 1949 à la Casbah (Alger). Originaire d’Ichelladhen, à Akbou, ou il n’a jamais coupé les liens. L’enfant de la Casbah s’intéressa depuis son très jeune âgée à la musique, notamment le Châabi, le style le plus répandu à cette époque. Après une longue durée d’essai, il tenta son premier passage à la radio algérienne Chaîne II en juin 1969. L’émission où il a été programmé s’intitule "le Music-hall dhi Mejdahed Radio" animée par Mehenni et Acherouf Idir, et réalisé par Kamel Hamadi. Une entrée bien annoncée pour Hamid Mejdahed. Il a réussi à enregistrer à la chaîne II, sa première chanson en décembre 1969 qui s’intitule "Ayghar Lakhdaa" (pourquoi la trahison). L’enregistrement était assuré par un orchestre dirigé à cette époque par Maâti Bachir. Par la suite, le chanteur à poursuivit son chemin d’artiste, avec les différents chefs d’orchestre de la Radio. Son répertoire est composé aujourd’hui d’une quarantaine de chansons toutes enregistrées à la radio. Les chefs d’orchestres ayant travaillé avec Medjahed Hamid sont nombreux. Citons parmi eux : Maati Bachir, Teyssir Aklah, Alaine Touhami, Ammari Maamar, Abdallah Kerriou, Mohamed Guechoud, Mohamed Mokhtari, Chérif Kortebi, Mahmoud Aziz ….et d’autres. Il a composé également plusieurs opérettes dont "Assegas Aachrine" de Meziane Rachid et une autre opérette. "Génération après génération", animée par Ben Mokhtar. Le parcours de Medjahed Hamid est ainsi marqué par l’aide qu’il a constamment apporté aux chanteurs et chanteuses kabyles. Il a composé plusieurs chansons aux chanteurs et chanteuses qui l’ont sollicité. Certains d’entre eux ont pu réussir au fil des ans à s’imposer dans la scène artistique. La liste est longue mais on peut citer à l’occasion Nouara, Djida, Mouloud Habib, Aït Meslayen, Abdelkader Meksa, Méziane Rachid, Tawès…etc.

Il a participé bénévolement en qualité de musicien dans les studios d’enregistrement, Il a guidé et orienté un grand nombre de chanteurs. Ces derniers vautraient ses qualités en tant qu’artiste. Ses œuvres témoigneront de ce qu’il est. Medjhed Hamid n’a jamais voulu éditer ses chansons sur le marché, partant sur le fait que c’est aux éditeurs de le solliciter et non le contraire. Ce n’est que 38 ans plus tard et sur l’insistance de son public qu’il a enfin accepté d’éditer trois volumes englobant une vingtaine des ses meilleurs chansons. Actuellement, il prépare l’édition du quatrième volume qui sera composé de plusieurs chansons inédites.

Hormis le chanteur, Hamid Medjhed a également et surtout était un animateur. Il a produit plusieurs émissions radiophoniques à la Chaîne II, dont la fameuse émission “Ighneyen Uzeka" les chanteurs de demain. La particularité de cette émission comme le témoignent certains chanteurs était la franchise de Medjahed Hamid. L’animateur était d’un franc-parler devant ses invités. Il s’exprime en toute franchise sur le produit présenté par les hôtes de son émission. Cette émission remonte déjà à une vingtaine d’années, d’où ont émergé plusieurs chanteurs amateurs devenus actuellement des vedettes incontournables. Aussi, il exerce son rôle de conseiller à l’égard des nouveaux chanteurs qui passent lors des différentes émissions diffusées à l’écran de la télévision algérienne. A présent, Medjahed Hamid continue sans cesse de défendre farouchement l’art pour l’art. Par sa franchise, il considère toujours que l’art ne fait vivre que celui qui le pratique.

Akli Slimani

Réactions :

Ldjida Thamachtohth, chanteuse : "On a travaillé ensemble, Il m’a fait des compositions "

“Hamid Medjahed est un grand chanteur, c'est notre frère, je lui souhaite longue vie et beaucoup de réussite dans son parcours qui est encore long. Il a beaucoup donné à la chanson kabyle, on a travaillé ensemble, il m’a fait des compositions. Je lui souhaite bonne santé et réussite, car c'est ce qui compte dans la vie.”

Youcef Merahi, secrétaire général du Haut-Commissariat à l'amazighité : ''Hamid, on a encore besoin de tes chansons''

“La mémoire des hommes est oublieuse, on a tendance à oublier rapidement ceux qui ont servi l'Algérie, quel que soit le domaine d'activité. Je tiens donc à remercier l’association qui a pris cette initiative. Hamid n’a pas fait la chanson pour de l'argent, c'est de l'art pour l'art. Il a formé beaucoup de jeunes talents. Quand on écoute ses chansons, on a l'impression qu'il s'adresse directement à nous, ce qui n'est pas le cas pour d'autres chanteurs, surtout de la nouvelle vague que j'appelle des chanteurs fast-food, car ils utilisent l’électronique, pas comme Hamid, Aït Menguelet, Matoub Lounès, Akli Yahiyaten, Farid Ferragui, Si Moh... Hamid, on a encore besoin de tes chansons. Elles ont bercé ma jeunesse, notamment la chanson Kem".

Abdelmadjid Meskoud, chanteur : ''Hamid est un vrai moudjahid, je le lui dit aujourd'hui''

“C'est avec un grand plaisir que j'assiste, à cet hommage, rendu à ce grand chanteur. Hamid Medjahed m’a invité. Je suis là aujourd'hui pour lui, il mérite plus que cela. Car il a beaucoup chanté, et c'est un vrai régisseur à la télévision. Hamid est un vrai moudjahid. Je le lui dit aujourd'hui, toutes mes félicitations. Je te souhaite une longue vie.”

Lani Rabah, chanteur : “Il a tracé le chemin de différents chanteurs”

“Da Hamid est un grand chanteur et un bon conseiller. Il a réalisé beaucoup d'émissions radiophoniques, bien que ces dernières années il ait pris du recul. Da Hamid a tracé le chemin de différents chanteurs, c'est un honneur pour moi. J'ai les larmes aux yeux, parce que Da Hamid mérite un vibrant hommage. Le mérite revient à ces associations qui déterrent les grands chanteurs, parce que généralement, l’hommage se fait après le décès de la personne. C'est un témoignage et une façon de l’honorer. Aujourd'hui, nous sommes très heureux d’assister à cet hommage, et je tiens à remercier cette association qui a pensé à Da Hamid. Da Hamid, je te présente toutes mes sincères félicitations, je te souhaite longue vie, que Dieu te protège ainsi que ta famille.”

Ferhat Medrouh, chanteur : "Durant 40 ans de carrière, il n’a fait que du propre"

"Je remercie La Dépêche de Kabylie qui répond toujours présente en ces occasions et qui est venu couvrir l'évènement, tout comme je remercie cette association qui a organisé cet hommage. En ce grand jour, il mérite l’honneur de 40 ans de carrière, il n’a fait que du propre, espèrons qu'il y aura d'autres hommages pour les grands artistes qui sont si nombreux. Hamid longue vie."

Wardia Aïssaoui, chanteuse : "C’est grâce à lui que j'ai appris la chanson kabyle"

“Je suis déjà une grande fan de ce grand chanteur, avant même que je ne rentre dans le monde de la chanson, j'ai appris par coeur toutes ses chansons, c'est grâce à lui et à ses chansons que j'ai appris la chanson kabyle. Hamid je te remercie pour tout ce que tu as fait, personne ne peut oublier tous ces jeunes chanteurs qui sont passés dans ton émission. Ils se sont fait un nom grâce a toi. Je n’ai pas eu la chance de passer dans l'émission de Hamid, car, quand j'ai commencé la chanson, il a arrêté son émission Ighanayen ouzaka. Merci Hamid, longue vie et mille fois encore merci.”

Meziane Izourane : "Il faut qu'il fasse beaucoup de compositions"

“Cet hommage est quelque chose de bien, je remercie l’association Marhaba de Aïn Banian. Hamid Medjahed est parmi les grands et anciens artistes kabyles, il a beaucoup donné pour la chanson kabyle, comme il a aidé cette nouvelle génération, depuis l'émission Ighanayen ouzeka, c'est un grand monsieur qui a beucoup donné pour la chanson kabyle. A chaque fois qu'il s’agit d’un chanteur kabyle, on s'unit afin que la chanson kabyle ne meure jamais. Je lui dis bon anniversaire. On t'aime très fort, il est toujours en bonne santé et peut encore donner pour la chanson kabyle, il faut qu'il fasse beaucoup de compositions.”

Salima labidi, comédien : "Il mérite beaucoup plus"

“Il mérite beaucoup plus, car il a consacré sa vie pour la chanson kabyle et la musique kabyle. Hamid, je te souhaite longue vie, que Dieu te donne une bonne santé pour que tu puisses continuer ton parcours dans le monde de la chanson.”

Nouara, chanteuse : ''Hamid est un grand et il le restera pour toujours''

“J’espère que tous nos jours seront des fêtes, et inch’Allah, beaucoup de chanteurs seront honorés. Hamid est un grand et il le restera pour toujours car il le mérite bien. Toutes mes félicitations, Je te souhaite longue vie et une bonne santé.

dimanche 25 octobre 2009

BOUALEM RABIA (ÉCRIVAIN) : «Le roman amazigh doit prendre de l’essor»

La sortie d’un roman en langue amazighe est l’événement culturel le moins fréquent dans notre pays. Les romans écrits en tamazight se comptent sur des doigts d’une seule main. Le dernier roman en tamazight a été édité il y a plus de trois ans. La sortie du roman de Boualem Rabia, Nnig Usennan (éditions l’Odyssée) ne peut pas passer inaperçue. Dans cet entretien, l’auteur, qui a déjà publié un premier livre chez le même éditeur, intitulé Florilège de poésie kabyle, parle de son livre mais donne aussi sa vision de la littérature d’expression berbère.

L’Expression: Votre premier roman est écrit en tamazight. On se serait plutôt attendu à un roman en français, compte tenu de votre longue expérience professionnelle. Pourquoi le choix de tamazight?
Boualem Rabia: Si j’ai opté pour tamazight, c’est indéniablement parce que cette langue, qui est la nôtre, a plus que jamais besoin de produire par elle et pour elle, d’avoir sa propre création scripturale. C’est pourquoi j’ai décidé ainsi et brûlé mes vaisseaux. Ce que disait Robert Randau dans la phrase suivante, est à juste titre valable pour l’expression amazighe: «Il doit y avoir une littérature nord-africaine, parce qu’un peuple qui possède sa vie propre doit posséder aussi une langue et une littérature à lui.»
Si nous voulons que notre langue ait sa place au soleil, il faut absolument qu’elle cesse d’être à la botte des autres langues dont nous usons pour nous dire, dire notre société, notre vérité d’être...Pour vivre notre culture de l’intérieur, disons-la aussi et surtout dans la beauté de notre propre langue. Certes, il y a toute une pléthore de recueils de poèmes (certains sont extraordinaires et de portée universelle) mais cela reste très insuffisant: il faut que le roman (entre autres genres) prenne de l’essor. L’épanouissement de notre culture doit tenir compte de l’incontournable création littéraire dans toute sa diversité. Pourquoi le choix de tamazight? Parce que «le Printemps berbère» et «le Printemps noir» doivent être maintenant justifiés et honorés par un réel épanouissement de notre langue, de notre culture. Question idoine pour me rappeler la célèbre sentence de Kateb Yacine: «On ne sort pas d’une révolution pour fermer sa gueule!»

Le titre de votre roman, Nnig Usennan est saisissant. Que symbolise-t-il pour vous?
Nnig Usennan (Au-dessus de l’épine) est un titre tiré d’un proverbe kabyle (tamegra nnig usennan) qui, en substance, veut dire que nulle moisson n’est acquise, si l’on n’a pas prêté ses mains et ses bras aux épines du chardon et du pa-nicaut. Un titre qui symbolise pour moi le sacrifice, l’abnégation et le désintéressement dans toute lutte pour une cause juste...Ici, il m’appartient de dire que la «question amazighe» est utilisée par beaucoup de faux militants comme un cheval de Troie. Et c’est là aussi que gît une part du problème de tamazight.

Pouvez-vous résumer la trame de votre roman?
Une trame faite de rêves parfois impraticables et de réalités amères. Comme dans toute oeuvreromanesque, l’auteur a beau le nier, même inconsciemment, il s’y reflète. Il y met sa douleur et son espoir, son amour et ses dédains, ses doutes et ses certitudes...A travers les personnages (Ba Zemni, Sedda, Wecci...) aucune pensée, aucun comportement n’est invraisemblable ou fortuit. Symboliquement, la saga d’une tribu (At Nubel) transplantée, que le doyen, le patriarche (Ba Zemni, le dépositaire de la mémoire ancestrale) tente, avant sa mort, de ramener à la source, à l’identité première.

On n’écrit pas un roman sans avoir beaucoup lu et sans avoir été influencé, voire profondément marqué par certains auteurs. Quels sont vos écrivains préférés et pourquoi?
Effectivement, je lis énormément et depuis toujours. Influencé...naturellement, je le suis par Mammeri, Kateb Yacine, Zola, Kafka, Baudelaire...Enfin, comme dirait l’autre, en citer c’est en oublier. Pourquoi? Tout sottement, peut-être, en chacun, dès ma prime jeunesse, j’ai trouvé l’outil essentiel pour sculpter une facette de mon monde intérieur.

Souvent, on présente l’écriture romanesque comme une forme de thérapie. On écrit pour ne pas subir. Etes-vous d’accord avec cette définition?
Tout à fait d’accord! J’ai toujours écrit, traduit, peint, chanté des mélopées anciennes, fait partie du fameux groupe musical des années 70-80: Yougourthen, en vue d’exorciser la solitude, l’oubli des belles choses essentielles que l’absurdité tente de dénaturer, dévitaliser, voire annihiler.

Les écrivains écrivent aussi par nostalgie. On écrit parce que les temps révolus ne pourront plus revenir et qu’on pense que le bon temps est toujours derrière nous. Ce qui n’est pas toujours le cas. Quel est votre avis?
J’écris pour refuser le désenchantement d’un environnement de plus en plus déshumanisé, quedéserte progressivement toute poésie. Oui, dans le plus clair des cas, j’écris par nostalgie. D’ailleurs, ma muse s’appelle Nostalgie.

La production romanesque en tamazight se limite à moins d’une vingtaine de romans plus ou moins sérieux. A quoi est due, d’après vous, cette faiblesse?
Triste réalité. A mon humble avis, cette carence résulte du fait que la langue amazighe est fraîche émoulue de l’oralité. Elle n’est enseignée que depuis une date très récente. Une langue multimillénaire marginalisée, frappée d’interdit sur son propre territoire! Si elle est encore parlée par des millions de Maghrébins, très peu savent l’écrire. Toutefois, s’il y a une réelle volonté des Etats concernés de promouvoir cette langue (cette culture, que l’on aurait plutôt tendance à folkloriser), ils doivent prendre des initiatives conséquentes, sincères, allant dans le sens de cette promotion, en y mettant les moyens adéquats et en visant un public plus vaste, au lieu de la cantonner dans des régions bien définies...Inutile de s’étaler là-dessus! Sinon, même si le roman est le genre littéraire qui tarde le plus à se consolider dans le domaine amazigh, l’espoir ne fait pas défaut: il existe de jeunes talents qu’il suffit d’encourager. L’effort et la volonté des écrivains amazighophones, qui écrivent dans d’autres langues, seraient d’un apport considérable dans l’usage cultivé de leur langue maternelle, pour le panorama littéraire amazigh.

Parlez-nous de votre expérience dans le domaine de la traduction. Il est très difficile de traduire du tamazight vers le français, surtout s’agissant de poésie. Comment vous vous y prenez?
C’est toujours par amour pour cette langue que j’écris ou traduis (du kabyle au français ou inversement). «Traduire, c’est trahir», dit-on. Ce n’est pas toujours faux. Mais au moins, quand on veut éviter les coups de Trafalgar dans ce domaine (poésie), l’on doit se sentir à l’aise dans les deux langues, l’on doit sentir que le souffle poétique n’est pas uniquement dans la rime, encore moins dans la traduction littérale du vers. Il faut une certaine relation charnelle avec le verbe, l’âme du verbe. C’est tout comme en musique: la chose se sent mais ne s’explique point.

Qu’en est-il de votre expérience dans les scénarios de l’audiovisuel?
Une expérience édifiante. En tout, six ou sept productions depuis les dialogues et les décors de La Montagne de Baya de A.Meddour jusqu’à H’nifa, une vie brûlée de S.Allam et R.Iftini. Il me reste quelque part un goût de déconvenue, quant aux dialogues kabyles.
Par la force des choses, on a souvent «charcuté», rendu insipide telle ou telle phrase, tel ou tel passage dans ma version kabyle, qui tente de réhabiliter un mot, une expression...Et étant perfectionniste, quant à l’expression dense mais exhaustive, c’est là toute la beauté du verbe kabyle, j’ai dû assez souvent essuyer des convenues sur le plateau ou à la sortie du film. Mais les quelques films amazighs culturellement valables ont, en dépit de tout, le mérite d’exister. Pour le reste, l’on est en train de reproduire l’hécatombe qu’a déjà subie la chanson.

Entretien réalisé par Aomar MOHELLEBI

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