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vendredi 7 octobre 2011

Bu Tqordach, un nouveau feuilleton bientôt sur TV4

Le premier tour de manivelle pour la réalisation d’un feuilleton en kabyle intitulé Bu Tqordach et qui sera diffusé sur la chaîne amazighe «TV4», a été donné mardi dernier à l’auberge de jeunesse d’Azeffoun.

Comportant 15 épisodes et réalisé par Harhar Hamid, le scénario du feuilleton a été écrit par Ali Naït Kaci. L’histoire raconte des faits sociaux avec un air de comédie. En effet, cette nouvelle série tourne autour d’une question importante qui présente un phénomène que vivent beaucoup de familles, il s’agit de la course que mènent les enfants, usant de diverses astuces auxquelles, pour s’accaparer de la pension héritée par leur mère de son défunt mari.


Ferroudja, la mère, partage sa pension avec ses deux fils, Ahmed et Hamid, mariés et chefs de familles, qui vivent sous le même toit avec elle. Le scénario raconte que l’intimité de ces deux familles n’est assurée que par un rideau, ils se partagent la même cuisine avec leur mère. Ferroudja est prise, mensuellement à tour de rôle, par ses deux fils et leurs familles, de même que pour la perception de la pension.

Et voilà que son fils Hamid, qui pour des raisons pécuniaires, en un mois exceptionnel, décide de solliciter son frère afin de lui prolonger le délais de séjour de sa mère, chez lui, pour faire le cumul de la pension convoitée. L’autre fils de Ferroudja ne cède pas à la proposition faite par son frère, plus que ça, il lui aussi propose un marché, celui de gagner un match de foot. Sur le terrain, les rivalités se dessinent et chaque partie complote pour l’emporter. Une autre compétition, à laquelle Hamid et Ahmed participent, est entamée, il d’agit de la recherche d’un bijoux égaré.

En fait, Ahmed, qui se charge de la corvée régulière de jeter les ordures ménagères, dépose les sachets momentanément pour s’enliser dans un bureau de tabac. En apprenant, par sa femme, qu’un bijoux de valeur s’était égaré par inadvertance, Ahmed retourne et reprend les sachets déposés, en fouillant dans ces derniers à la recherche du fameux bijoux, il constate que beaucoup de gens faisaient la même chose que lui, c’est alors, qu’aussitôt alertées, sa femme et sa fille se déguisent en hommes et sortent pour entreprendre une inspection générale des sachets, à l’abri des regards. Cette scène a engendré l’étonnement de la belle sœur d’Ahmed, qui dit à ce dernier que sa famille devient folle. Dda Mohand est devenu très nerveux, sa femme agacée par son comportement le persuade d’aller chez un psychiatre. Hamid, de passage dans un café du coin s’empare d’un plateau d’œufs, destiné à être offert comme présent à une famille qui venait d’avoir un nouveau né, et se dirige vers la cuisine, cela en sachant que ce dernier appartenait à son cousin. C’est ainsi qu’un jour, une grande surprise, que Hamid attendait, bouleversera tout les liens entre les familles. C’est à partir de là que toute une série de gags sera entamée et prendra de l’ampleur. De là est tiré l’intitulé de cette série « Ah ya Chberdou ».


Il est à rappeler que le réalisateur de cette nouvelle série qui va enrichir la production cinématographique en kabyle, n’est autre que Hamid Harhar. Ce feuilleton n’est pas le premier produit de ce dernier, Harhar a été auteur de plusieurs réalisations dont nous citerons un allé simple, prison de femmes, Yasser Arafat et Ali Zamoum se souvient, comme portraits, il a également réalisé une quarantaine de documentaires et de grands reportages sur l’Irak, la Syrie, l’Egypte, la Jordanie,… etc. Hamid Harhar a aussi réalisé Ensablement des voies ferrées, qui a reçu le 1er prix international du PNUD en Egypte pour le compte de la SNTF Algérie, Haltou hala, une série télévisuelle de 30 numéros de 26 minutes chacun, ainsi que deux autres séries de 20 épisodes intitulées respectivement Yak Nirak et Ahlil Ahlil entre autres.

Quant au scénariste du nouveau feuilleton suscité, M. Ali Naït Kaci, en l’occurrence, qui fut auteur compositeur interprète, depuis les années 80, et comédien de théâtre radiophonique toujours en activité. Parmi ses produits, Idh Was (15 parties), Thid Yanin n’alie dh ouali (6 parties), Thayri Et Khidas (pièce théâtrale en 4 parties), Yak Nighak et Ahlil Ahlil (séries humoristiques télévisuelles de 20 parties chacune), ainsi que ce nouveau feuilleton en cours de réalisation (Bu Tqordach).

Il est également producteur et animateur de plusieurs émissions radiophoniques (variétés culturelles et sportives). Il est à noter, enfin, que cette nouvelle série Bu Tqordach, «le rusé» sera un produit nouveau qui va enrichir le champ culturel kabyle léthargique depuis des années.

Rachida Selmani

vendredi 16 septembre 2011

Près de 2 000 personnes marchent à Fréha

Près de 2 000 personnes ont pris part ce jeudi 15 septembre à la marche populaire à laquelle avait appelé la cellule de crise composée des représentants des comités de villages. Les manifestants exigent la délocalisation des casernes de la ville de Fréha et la condamnation du ou des auteur(s) de la bavure militaire qui a coûté dimanche dernier la vie à une habitante de la ville, Zahia Kaci, âgée de 55 ans et mère de 14 enfants.

C’est de l’endroit précis où est morte Zahia Kaci que la procession humaine s'est ébranlée à 9 h 45 pour rejoindre la route nationale longeant la caserne des forces spéciales de l'ANP d'où les rafales ont été tirées. Arrivée devant l'entrée principale de la caserne, la foule a observé une minute de silence avant de se diriger vers le siège de l'APC de Fréha, situé au centre‑ville.
« Délocalisation des casernes de la ville de Fréha », pouvait‑on lire sur l'unique banderole noire arborée par dessus les têtes des marcheurs. Une banderole imposée par les habitants de la ville malgré les demandes de certains cercles connus pour être proches du pouvoir de limiter les revendications à la demande de la vérité sur la bavure militaire et la condamnation de ses auteurs. Les membres de la famille Kaci étaient à la tête de la marche et n'ont pas cessé, durant tout l’itinéraire, d'appeler les manifestants à marcher dans le calme.

Devant l'APC, ils ont pris la parole pour remercier la foule et déclarer que « le combat va continuera jusqu'à la délocalisation des casernes de la ville ». La marche s'est dispersée dans le calme. Pendant toute la durée de la manifestation, tous les magasins de la ville avaient baissé leur rideau.

mercredi 31 août 2011

4e Festival de la chanson kabyle : Abdelwahab Abjaoui et la théâtralisation à l’honneur

La ville de Béjaïa se prépare à accueillir la quatrième édition du Festival de la musique et de la chanson kabyles, qui se tiendra du 8 au 13 septembre prochain, principalement au théâtre et à la maison de la culture.

Cette nouvelle édition se veut un hommage à la figure emblématique de la chanson «théâtralisée», cheikh Abdelwahab Abjaoui, confie Omar Fetmouche, commissaire du Festival, qui a animé, dans la soirée d’avant-hier, une conférence de presse. La thématique retenue pour l’édition 2011 est «La chanson en représentation» ou ce qui est communément appelé, La comédie musicale, ou encore, La chanson théâtralisée. L’on verra ainsi présents aux côtés de Cheikh Abdelwahab Abjaoui, les représentants du théâtre algérien et, néanmoins, amis du maître ; Slimane Chabi, Mohamed et Saïd Hilmi, Mheni… Outre les spectacles et des compétitions musicales, des expositions et des cycles de conférences-débats avec des musicologues et autres spécialistes sont prévus chaque jour à partir de 10h. De ce fait, une conférence sur la musique savante est au menu des activités en présence de Farida Ait Ferroukh, coordinatrice scientifique du festival et d’Ahmed Oumaziz. Des danses Tango sur les airs d’Abdelwahab Abjaoui sont aussi au menu et elles seront exécutées par une troupe qui viendra de France pour l’occasion. En plus des deux sites importants que sont le théâtre et la maison de la culture, qui accueilleront les principales festivités, quatre plateaux à l’emplacement stratégique (Place Gueydon, Bordj Moussa, la brise de mer et l’illustre Yemma Gouraya) sont réquisitionnés pour recevoir une pléiade d’artistes, qui animeront les soirées des 9, 10, 11 et 12 septembre, une manière de «socialiser» le festival et de le rapprocher de la population. Le chef-lieu de la wilaya n’est pas le seul à profiter de cette réjouissance, puisque des animations musicales sont programmées à travers d’autres communes de la wilaya. Tichy, Souk el Tenine, Bordj Mira, Sidi Aïch, el Kseur, Ighzer Amkrane et la ville d’Akbou, sont les villes choisies pour cette édition pour recevoir les nombreux artistes qui s’y déplaceront. Institutionnalisé, pour rappel depuis 2008, le festival local de la musique et de la chanson kabyle verra la participation de 8 wilayas, dont cinq ont déjà confirmé leur venue : Tizi-Ouzou, Jijel, Bouira, Boumerdès et Alger. Béjaïa participera quant à elle avec trois candidatures, l’appel à concourir étant déjà lancé sur les ondes de la radio locale notamment. Des artistes kabyles de renom, à l’image de Djamel Allam, Aït Menguellet, Nouara, Madjid Soula et Yasmina seront présents lors de ce festival qui sera, pour rappel, parrainé comme lors des précédents par les deux monstres sacrés de la poésie kabyle : Kamel Hamadi et Ben Mohamed. Egalement présents, à titre honorifique, Hassan Dadi, Bada Ibaden et Djamel Izli, pour ainsi encourager les jeunes talents et partager avec eux leur expérience. Dans le but de préserver la mémoire du festival et éviter la déperdition des archives, les actes du festival et tous les documents s’y rattachant seront dans un proche avenir mis à la disposition du large public. Il y va de la mémoire de l’institution, nous confie M. Khellaf Righi, le nouveau directeur de la culture de la wilaya. Outre le budget alloué par le ministère de tutelle qui s’élève à 15millions DA et un reliquat de 3 millions dégagé par le dernier festival, une subvention supplémentaire sera apportée par des sponsors locaux.

N. G.

vendredi 20 mai 2011

«Voilà pourquoi j’ai dédié un album au chaâbi»

L´enfant terrible de Tixeraïne jette la lumière, dans cet entretien sur le périple effectué pour produire son double album «Lwaldin, Incha-Allah». Un produit qu´il a lui-même financé... suivons-le...

L´Expression: Après une absence de 6 ans, Takfarinas revient avec un double album qui présente une originalité: l´un des deux CD est consacré au chaâbi et l´autre à la Yal Music. Comment est néce projet?
Takfarinas: C´est un rêve qui remonte à mon premier enregistrement chez feu Mahboubati, à la rue Hoche (Alger), il y a 35 ans. Durant toute ma carrière, j´ai toujours mis un point d´honneur à inscrire un ou deux titres chaâbi dans chacun des 18 albums que j´ai réalisés jusqu´à présent. ce sont les tendances internationales qui ont déterminé ce choix entre le chaâbi et la yal music...Je le dis en toute sincérité, la fin triste de la plupart des maîtres du chaâbi m´a fait peur. Ce constat fait, je me suis demandé quelle garantie aurai-je pour mon avenir si je m´investis pleinement dans ce genre musical? Mais, je ne pouvais rester sourd à l´appel du coeur et aux sollicitations des fans de ma musique qui, à chaque fois, me demandaient de produire un CD en chaâbi. C´est ma famille musicale. D´ailleurs, les chansons qu´il contient sont anciennes. Certaines remontent à 10 ou 12 ans. Elles ont été très bien réfléchies et mûries.

L´autre CD Incha-Allah contient une reprise de la chanson mythique Ne me quitte pas de Jacques Brel...
J´aime beaucoup Jacques Brel, Edith Piaf et pas mal d´autres artistes du terroir français. Ne me quitte pas, je l´ai chantée avec mes tripes. En fait, une chanson comme Ne me quitte pas se vit. Et moi, je la vis à ma manière. Le répertoire de Brel me fascine, je m´y retrouve. Quand je chante Brel, pour moi c´est du chaâbi. La musique n´a pas de frontières et celle de Brel ainsi que sa poésie sont accessibles à toutes les sensibilités, quelles que soient leurs cultures.

Justement, peut-on dire que ce choix traduit une volonté de s´inscrire dans l´universalité tout en gardant ses spécificités culturelles?
La ghettoïsation est l´ennemie de l´art. Je suis issu de l´école du chaâbi. Quand on a été formé dans cette école, on acquiert l´aptitude de s´approprier n´importe quel style musical. Pour preuve, elle m´a permis de réussir le métissage entre les musiques et les rythmes de mon pays et ce qui se fait, actuellement, dans la sphère musicale internationale. Le chaâbi est une très grande école. Et ce n´est qu´un juste retour aux sources, si j´ai consacré l´un de mes deux CD à cette musique. Même si mon choix est également dicté par d´autres raisons...

... Lesquelles?
En premier lieu, je citerai la chute de l´industrie musicale dans le monde. Il est vrai que la chanson est chez tout le monde via les multimédias, mais elle n´est pas vendue. On n´achète plus la musique, on ne cherche plus la qualité. Les maisons de disques ont lâché les artistes. Elles ne financent plus les productions d´albums et leur promotion. Aussi paradoxal que cela puisse paraître. Cette situation m´a poussé à trouver une solution. J´ai opté pour l´autoproduction. Il y a quatre ans, mon contrat expirait chez BMG (Bertelsmann Music Group). Il n´a pas été renouvelé. Alors j´ai décidé de prendre en charge mes produits. Cela m´a permis d´être autonome par rapport aux majors. Ce double album est mon auto production. Cette liberté, je l´ai acquise après 35 ans de carrière.

Pour revenir à l´album, il est sorti simultanément, en Amérique du Nord, en France et en Algérie. Une tournée nationale en perspective?
Le double album est également sorti en ligne, à l´échelle mondiale. Pour revenir à votre question, chanter en Algérie est un rêve que je caresse depuis...20 ans (depuis son dernier concert à Alger, en 1991). Cela fait 10 ans que je cavale pour chanter chez-moi, je n´y arrive pas. Je n´arrête pas de solliciter les autorités concernées, à leur tête le ministère de la Culture, pour un show. Mes démarches n´ont, jusque-là, pas abouti. A chaque fois, on me dit qu´il n´y a pas d´argent pour couvrir mon concert. Pourtant, je ne demande pas la lune. En 2005 et en 2006, on m´a demandé de ramener l´argent nécessaire pour assurer ma prestation. Je suis allé au charbon. Je croyais pouvoir réussir à décrocher des sponsors. Je n´ai pas réussi. On sponsorise une activité organisée par une structure, pas une initiative individuelle. Cela dit, j´ai toujours l´espoir de chanter en Algérie. C´est une question de conjonctures et de temps. Je ne lâche pas l´affaire. Je chanterai en Algérie Incha Allah

...Et sur le plan international?
J´ai un programme de tournées qui s´étale sur deux ans. J´ai une tournée européenne et une autre aux Etats-Unis. Aussi, j´ai prévu de me produire en France à Bercy, au courant de l´année 2012.

Takfarinas, cela fait des années que vous êtes en France. Il est vrai que la France offre l´opportunité de s´épanouir sur le plan artistique, mais le fait d´être éloigné de la terre natale ne constitue-t-il pas pour vous un handicap?
L´éloignement cause un déchirement que nulle satisfaction professionnelle ne peut colmater. Dieu merci, je suis reçu dans le monde entier, à bras ouverts. Mais quand on ne peut pas chanter chez soi, cela fait terriblement mal. Nous avons besoin de nous produire chez-nous, d´offrire des moments de joie à ceux qu´on aime. Ils ont le droit d´apprécier un travail authentiquement artistique

Surtout en ces moments où la folklorisation de la chanson bat son plein...
Il y a des personnes qui servent l´art et d´autres qui s´en servent. L´art s´adresse au coeur, à la conscience. Il te pousse à méditer, il te porte aux nues des sensations, il t´offre de la joie. Il est difficile de réussir une telle alchimie. Rares sont ceux qui ont réussi à le faire. Pour la chanson kabyle, tous les artistes qu´elle recèlent ont mon estime. L´essentiel pour moi est qu´ils véhiculent la langue amazighe, ils préservent notre culture. En plus, ils sont sous la coupe du marché. Les producteurs, pour des raisons compréhensibles, ont du mal à financer un travail qui demande beaucoup de temps et de moyens. Surtout avec ces phénomènes de vente illicite de CD et de piratage sur Internet. J´ai moi-même été amené à financer entièrement mon album. J´y ai mis un argent fou. Mais rien ne vaut le bonheur de produire et de servir sa culture. Pour cela, je suis prêt à aider les jeunes talents.

A ce propos, comment voyez-vous le rôle de l´artiste dans une société comme la nôtre, frappée de profondes mutations?
Le rôle de l´artiste est de proposer un produit de qualité. Il est la voix des sans-voix. C´est un faiseur de rêve qui sème l´espoir.


mercredi 10 mars 2010

“La Fête des Kabytchous”, de Nadia Mohia : Diatribe à la face des Kabyles traités de “brailleurs des rues”

S’il est alors du droit et du devoir pour un auteur de jeter un regard critique utile et nécessaire sur sa société, il n’en demeure pas moins que les limites de la réalité décrite devraient être respectées. Au-delà du réel étudié, la critique glisse et se transforme en un exutoire qui exprime, en vérité, une situation mal assumée.

C’est le cas du livre déversoir de Nadia Mohia (sœur de Mouhend U Yahya) intitulé la Fête des Kabytchous. D’entrée, le titre à lui seul, inconvenant et provocateur, suggère une véritable diatribe jetée à la face de la société kabyle.

À longueur du texte, les Kabyles sont généreusement servis de tous les qualificatifs parfois relevant de l’inquisition et d’un état d’abjection. Bien que présenté en plusieurs chapitres, le livre se scinde essentiellement en deux grandes parties.

La première est un long récit plutôt autobiographique qui décrit les péripéties d’une famille aux prises avec sa condition marquée par les tumultes d’une vie commune à toutes les souffrances et les difficultés des gens de la montagne. La société kabyle est décrite, par déformation, sans âme, sans esprit de responsabilité, sans mode, ni sens de vie, sans héritage intellectuel, sans vision du monde, sinon une vision étroite, plate et archaïque. Un monde désolant où sont figés des primates humains. Nadia Mohia présente la Kabylie comme “un cauchemar de mon enfance” (page 43), pendant qu’ailleurs on voue du respect à son lieu de naissance comme à une mère. Les ethnologues colonialistes les plus zélés, les plus astreignants, les plus asservissants n’ont pas fait mieux.

Elle fait dire à son frère en page 128 : “Nous les Kabyles, nous n’avons pas été construits, étayés, édifiés, orientés dans le bon sens.” En page 132, elle affirme : “Mon frère voyait que la majorité (des Kabyles, ndlr) choisissait la mythologie amazighiste et ses chimères.” Plus loin, elle lui fait dire encore : “Ce qui fait défaut, à ces Kabyles, c’est une raison.” Quel crédit peuvent-elles avoir de telles déclarations supposées sorties de la bouche de celui qui a été une des continuités justement de la raison kabyle ? Car une société ainsi décrite “sans raison” et de surcroît frappée d’une “impotence congénitale”, ne peut absolument pas avoir les capacités nécessaires de compréhension, de discernement et encore moins accéder à la portée du verbe des illustres hellénistes comme Molière, Brecht, Pirandello, pour ne citer que ceux-là, et que Mouhend U Yahya a magistralement traduit dans cette langue kabyle frappée de plein fouet de cette ahurissante “impotence” et de ce mystérieux sceau de “chimères”.

Comment expliquer alors qu’il soit devenu, à travers son œuvre immense écrite directement en kabyle, une institution, un patrimoine autour duquel des études et de mémoires en milieu universitaire lui sont consacrés et que ses pièces théâtrales sont jouées à guichet fermé. Il y a là une flagrante confusion entre le message humoristique de la dramaturgie utilisée avec art, adresse et habileté par Mohend U Yahya et les élucubrations présentées sous forme de confidences/testament par Nadia qui s’adonne à la flagellation gratuite et démesurée de sa propre société. Tout comme elle confond l’humour et la dérision.

L’auteure semble ne pas comprendre que le savoir et la célébrité ne s’héritent pas. Ils se méritent et s’acquièrent plutôt à la force de la volonté, de l’assiduité, de la réflexion et de l’intelligence. Le personnage de Mouhend U Yahya, présenté, à tort, comme méprisant sa société, dépasse le milieu familial dans l’espace, dans le temps et dans l’instant. Selon Nadia et à la page 134, les Kabyles “créent eux-mêmes la réalité qu’ils dénoncent”.

Suivant sa logique, il n’y a donc pas eu de déni identitaire, ce serait eux qui auraient alors construit les commissariats de l’ex-Sécurité militaire (la SM) où des militants subissaient d’affreuses tortures, qu’ils auraient eux-mêmes édifié les terribles prisons de Lambèze et de Berrouaguia où ont croupi des militants qui ont payé de leur liberté pour avoir revendiqué, avec conscience et responsabilité, le droit à l’existence de leur langue, de leur culture et de leur histoire, d’autres se seraient volontairement donné la mort en martyrs au Printemps noir de 2001, etc. Pourtant, c’est le poète dramaturge Mouhend U Yahya qui a lui-même célébré et composé des poèmes en hommage à ces prisonniers de ces mêmes prisons et interprétés par d’illustres chanteurs.

Comment peut-elle affirmer que les Kabyles développent un rejet de la langue arabe populaire comme étant leur souffre-douleur alors que ce sont eux, eux seuls, qui l’ont revendiquée au même statut que la leur lors du séminaire de Yakouren tenu en juillet 1980 ? Mais de là à traiter, du haut d’un doctorat en psychopathologie et psychanalyse et à la page 130, les milliers de jeunes manifestants kabyles de “brailleurs de rue”, c'est-à-dire “d’ânes”, cela donne le vertige le plus vertigineux. L’auteur de la Fête des Kabytchous aura ainsi atteint le summum de l’outrage et de l’offense.

Et comme pour mieux se faufiler entre la pensée et le verbe homérique de son frère, elle écrit : “Les idées avancées ici ne sont guère différentes de celles que mon frère aimait à exprimer, il me plaît de le penser.” Voilà s’adonner à un malin plaisir à crucifier encore du kabyle.

Abdennour Abdesselam

dimanche 27 décembre 2009

Jeddi Menguelet, cheikh Mohand, sidi Bahloul et les autres...

Les mausolées, les tombeaux et autres lieux saints de la Kabylie renouent aujourd’hui avec l’ambiance des grands jours à l’occasion de la célébration de la fête de l’Achoura, à l’instar des autres régions du pays.

Plusieurs festivités sont annoncées, en effet, ici et là, à travers les villes et villages de la région qui comptent perpétuer la tradition de fêter cet événement religieux. La Kabylie a ses propres us qu’elle a hérités de génération en génération pour marquer cette fête. On peut affirmer sans risque de nous tromper qu’elle prendra des couleurs à l’occasion.

Jeddi Menguelet, cheikh Mohand à Aïn El Hammam, sidi Hend Awanou à Larbaâ Nath Irathen, Jeddi Bahloul dans la commune d’Azazga, Akkal Abarkane du côté de Beni Douala... pour ne citer que ceux-là seront le théâtre, comme le veut la tradition, de production des troupes folkloriques (Idhebalen) qui se déploieront pendant toute la journée. Des waâda, constituées de couscous, seront également servis.

Il est à indiquer que des bœufs seront sacrifiés pour la circonstance. Les différents lieux sacrés, si l’on se réfère aux précédentes célébrations, seront certainement trop exigus pour contenir les grandes foules qui les envahiront. Jadis, pareille occasion constituait une opportunité pour les jeunes pour l’âme-sœur. Ainsi, plusieurs mariages et liens familiaux ont pris naissance à partir de ces mausolées avec leur bénédiction. Certes, les temps ont changé avec l’apparition de l’Internet, du téléphone portable, de l’évolution de la technologie, mais ces endroits demeurent des lieux de pélérinage pour des milliers de Kabyles à l’occasion de l’Achoura.

Certains n’hésitent d’ailleurs, pas à faire le déplacement des autres wilayas où ils se sont établis pour des raisons professionnelles ou autres, rien que pour visiter l’un de ces lieux.

C’est un rituel conçu comme étant sacré en Kabylie qu’on doit effectuer, et qu’on ne doit rater sous aucun prétexte.

Ainsi, des vieux, vieilles, jeunes et moins jeunes convergent à l’occasion vers ces endroits.

Qu’il vente, ou qu’il pleuve, ces pèlerins accomplissent le rituel en prenant d’assaut dès les premières lueurs du jour les lieux.

C’est dire que la Kabylie vivra aujourd’hui une journée exceptionnelle. Hier, la fête de l’Achoura a été célébrée “en famille” en Kabylie qui tient mordicus à ses traditions.

En effet, des dîners spéciaux, constitués de couscous et de viandes salées auront certainement garnies les tables des familles de la région, comme le veut la coutume.

M. O. B.

dimanche 15 novembre 2009

LA DERNIÈRE CIGARETTE DE ALI BERKENOU : Une fiction sur le marasme de la jeunesse

«Qui aurait le courage de mettre son argent dans un domaine gangrené par le piratage?»

Son deuxième film, entièrement en langue amazighe, intitulé La Dernière cigarette, n’est pas du tout passé inaperçu. Le public a apprécié cette production qui vient combler un vide en la matière. Ali Berkenou, rencontré à Tizi Ouzou, avoue que la réalisation de son film n’a pas du tout été une sinécure. Il a travaillé dans des conditions très difficiles et avec des moyens financiers plus que dérisoires. «Quand nous avons donné le premier coup de manivelle, nous disposions de 30.000 DA», révèle-t-il. Mais là où l’argent manque, la volonté peut parfois le remplacer. C’est donc la volonté conjuguée du réalisateur et de tous les comédiens qui a permis au film La Dernière cigarette de voir le jour. Le film de 66 minutes a nécessité deux années entières de travail. Le film raconte le marasme de la jeunesse dans le milieu rural kabyle. L’auteur du scénario a voulu mettre en exergue les facteurs qui incitent les jeunes au suicide, entre autres l’absence de communication dans nos familles. Amar, le personnage principal décide de se suicider pour des tas de raisons. A chaque fois qu’il est contrarié, il fume une cigarette qui le rapproche de plus en plus du geste fatidique. Le long métrage a été tourné au village Ikharbane, dans la région de Maâtkas, wilaya de Tizi Ouzou. C’est un ancien comédien et notaire, à savoir Abderrahmane Kamel qui a financé la location de la caméra. Ce dernier a joué le rôle de Menache dans la Colline oubliée de Abderrahmane Bouguermouh, adapté du roman de Mouloud Mammeri. D’autres scènes du film ont été jouées à Djemâa Saharidj et dans la ville de Tizi Ouzou, précise le réalisateur, qui ajoute qu’une fois visionné, le film était parfait sauf en matière de prise de son. Des lacunes y avaient été relevées. C’est difficilement qu’il a été possible de corriger ce problème qui aurait pu faire évaporer un travail de si longue haleine. Finalement, la bande a pu être récupérée et retravaillée. A la sortie du film, les cinéphiles ont salué les efforts du réalisateur et des comédiens qui ont pu produire un tel travail avec si peu de moyens. Ali Berkenou nous confie, que certains spectateurs lui ont reproché la faiblesse des dialogues. Il répond que c’est la trame du film qui a exigé un tel scénario. Le personnage principal est un candidat au suicide, autiste de son état. Il était de ce fait introverti et peu communicatif. En outre, le cinéma est plus un langage de l’image. Ce film a participé à l’édition 2008 de Sétif du Festival du film amazigh. Le problème du piratage a également touché Le Dernière cigarette. A peine a-t-il été produit en DVD qu’il a fait l’objet de piratage. Le film s’est vendu et se vend encore à 80 DA sur les trottoirs. Le réalisateur déplore ces actes et dit qu’il aurait souhaité récupérer un peu d’argent afin de récompenser les comédiens qui ont travaillé sans contrepartie. Ali Berkenou a déjà produit une première fiction ayant été primée en 2002 lors du Festival du film amazigh d’Oran. Le film est intitulé D awal kan. C’est ce film qui lui a permis d’ouvrir une brèche vers le cinéma amazigh. Ali Berkenou est actuellement sur un nouveau projet de film, intitulé Le chant des cigales. Il avoue que le film, dans notre pays, n’est pas rentable du tout. «Il n’existe pas de producteurs et c’est tout à fait normal. Qui aurait le courage de mettre son argent dans un domaine gangrené par le piratage? Nous exerçons ce métier beaucoup plus par passion et par amour», conclut Ali Berkenou.

Aomar MOHELLEBI

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