Publicité

AdSense

samedi 31 octobre 2009

Meksa : 21 ans déjà !

Cette fois, le travail est plus modernisé avec l’introduction du piano, de la guitare basse et de la batterie. Avant de s’arrêtr, l’enfant de Mira produira, en 1982, “Amnekcham” et se consacrera à son travail d’information. Il décidera, par la suite, de revenir en registrant l’album qu’il n’aura pas le temps mettre, de son vivant, sur le marché puisque le destin en décidera autrement. En effet, Abdelkader Meksa enregistrera “Amaghar Azemni” contenant, entre autres, “Ayelli” et “Tamila” en juillet 1988, quelques mois à peine avant sa disparition tragique...

Sinistre fut le 31 octobre 1988 pour la culture kabyle, et pour cause ! Abdelkader Meksa disparaissait, en effet, dans un tragique accident de la circulation en France alors qu’il n’avait que 34 ans et qu’il venait d’enregistrer son 4e album “Amghar Azemni” signant ainsi son retour sur la scène artistique après un silence qui a duré depuis la sortie de son album “Amnekcham” en 1982.

L’enfant de Mira (Ath Djennad) commence sa carrière comme comédien à la Radio Chaîne II avant de se lancer dans la chanson. D’ailleurs, la première, Loundja, eut tout de suite un grand succès : c’était en 1973. Deux ans plus tard, Abdelkader Meksa Bouclera son premier album qui contient, justement, Loundja et d’autres titres qui ont eu énormément de succès tels que Assif Assif, Anzar et Tafsut : en tout, cet album contient huit chansons.

Deux années plus tard, Meksa reviendra avec un deuxième album, intitulé “Messinissa” et contenant également Zelgoum, Tagrawla, Arzaz t-tzizwa et Tafunast Igujilen. Cette fois, le travail est plus modernisé avec l’introductin du piano, de la guitare basse et de la batterie. Avant de s’arrêtr, l’enfant de Mira produira, en 1982, “Amnekcham” et se consacrera à son travail d’information.

Il décidera, par la suite, de revenir en registrant l’album qu’il n’aura pas le temps mettre, de son vivant, sur le marché puisque le destin en décidera autrement. En effet, Abdelkader Meksa enregistrera “Amaghar Azemni” contenant, entre autres, “Ayelli” et “Tamila” en juillet 1988, quelques mois à peine avant sa disparition tragique... D’ailleurs, à propos de sa mort, sa famille parle plutôt d’assassinat raciste.

En attendant, depuis la disparition de Meksa, l’ENTV n’a jamais daigné passer ses enregistrements pourtant diffusés de son vivant : Pourquoi ? Pire encore, à sa mort, seules les revues Actualités de l’émigration et Révolution africaine lui ont rendu hommage en novembre 1988.

Amastan S.

mardi 27 octobre 2009

Hommage à Medjahed Hamid : “Joyeux anniversaire pour tes quarante ans de chansons”

Les initiateurs de cet hommage n’ont pas manqué de répéter et d’insister sur l’idée que Medjahed Hamid, est un précurseur c’est lui qui a ouvert la voie de la musique à des centaines de chanteurs de la nouvelle génération qui ont pris aujourd’hui la relève. Ses chansons intemporelles sont passées de génération en génération sans qu’elles perdent de leur sens et de leur intensité. Pour cela, et sur le volet musical, chacun des chanteurs présents a présenté une chanson au menu des activités programmées.

L’hommage rendu hier à l’artiste polyvalent Medjahed Hamid était exemplaire. Une sympathique réception a été organisée en son honneur, au cours de laquelle, l’artiste a rencontré ses amis qu’il n’a pas revu depuis une dizaine années. La cérémonie a été marquée par une présence remarquable des différentes figures artistiques algériennes. Qu’ils soient, chanteurs, musiciens ou comédiens, ils étaient tous présent pour dire un seul mot à Medjahed Hamid «Joyeux anniversaire pour tes quarante ans de chansons». L’association «El Marhada» de Aïn Benian qui a concocté cet hommage, a accueilli pour sa part, des chanteurs pour puiser à cette occasion dans le répertoire du chantre de l’amazighité. La commémoration était certes organisée par l’association «El Marhaba», et a été parrainée par l’Office national des droits d’auteurs (ONDA).

Les initiateurs de cet hommage n’ont pas manqué de répéter et d’insister sur l’idée que Medjahed Hamid, est un précurseur c’est lui qui a ouvert la voie de la musique à des centaines de chanteurs de la nouvelle génération qui ont pris aujourd’hui la relève. Ses chansons intemporelles sont passées de génération en génération sans qu’elles perdent de leur sens et de leur intensité. Pour cela, et sur le volet musical, chacun des chanteurs présents a présenté une chanson au menu des activités programmées. De nombreux chanteurs de renom se succéderont sur scène, venus spécialement pour participer à l’événement. L’hommage aura ainsi ciblé une musique amazighe dans sa richesse et sa variété. Le coup d’envoi de cette célébration a été donné par le chanteur Izoran, en chantant l’une de ses meilleures chansons. Suivi par les autres chanteurs et chanteuses, parmi eux, on peut citer Louiza, Nouara, ldjida thamchtouht, Ahcene Abassi, Farid Faragui, ….et d’autres «voir les impressions ». L’ambiance était familiale et conviviale en même temps. Très ému, Medjahed Hamid n’a pas cessé, tout au long de la soirée, d’exprimer ses remerciements à ses invités et aux organisateurs de cet événement. Avec les invités et ses amis qu’il a reçus dans cette salle de fête, il s’est remémoré le long parcours, riche en bons… et en moins bons souvenirs. Une demi-journée consacrée à cet homme de la chanson Kabyle n’était pas suffisante pour remémorer dans ses moult détails une nostalgie commune, gravée dans la mémoire de cette famille artistique.

Akli Slimani

Medjahed Hamid : “Ma joie est immense”

La Dépêche de Kabylie : Après quarante ans de chansons, un humble hommage vous a été rendu aujourd’hui. Un hommage qui a regroupé la famille artistique dans cette salle a Aïn Benian, quelle est votre première impression ?

Medjahed Hamid : J’ai un sentiment de fierté, et c’est un double hommage parce que celui-ci me permet de revoir des amis que je n’ai pas vu depuis plus de vingt ans.

Et je suis fier d’être honoré par l’association «El Marhaba » de Aïn Benaïn, qui ont essayé de me contacter depuis plus d’une année, pour préparer cet hommage, et c’est plein d’émotion que je suis là, à la rencontre des amis artistes, comédiens musiciens que j ai invités.

Donc, j’ai invité pour cette occasion certains chanteurs que chacun chante une chanson. Parmi eux, les jeunes de la nouvelle génération, et les anciens bien évidemment.

Pour l’occasion, certains chanteurs qui ont passé dans votre émission radiophonique «Igneyen Uzeka» sont bien présents aujourd’hui, pour assister à votre hommage. Que pourriez-vous dire à ce sujet ?

Et ben voilà, c’est une occasion pour eux de se faire connaître parmi les anciens chanteurs. Je pense que c’est une bonne chose pour eux.

Apres ce long parcours dans la chanson Kabyle, comme animateur d’une émission qui a beaucoup contribué à la découverte de nouvelles voix. Quel sentiment ressentez-vous aujourd’hui ?

Comblé tout simplement, et je peux dire qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire. Et mon plaisir est deux fois plus immense, et deux fois plus grand, car une association de Ain Benian a pensé à moi.

Leur geste est vraiment émouvant. Normalement, il y a d’autres organismes d’Etat, et d’autres institutions qui ont les capacités pour le faire, mais la chance n’a pas été avec moi, ce sont toujours de petites gens qui se souviennent de leur semblables. Et c’est avec plaisir, que j’ai répondu favorablement à cet événement.

Vous venez de reprendre, il y a quelques mois votre émission à la radio chaîne II, et qui s’intitule Ithran, est ce que l’objectif est resté le même, c'est-à-dire à la recherche de nouvelles voix ?

Bien sûr, j’ai repris l’émission depuis une année, d’où ont émergé deux chanteuses et huit chanteurs, dommage q’une chanteuse s’est absentée pour empêchements familiaux. Pourtant, elle chante bien, car c’est une aubaine pour elle de se faire connaître par tous les artistes. Donc, ces chanteurs savent ce qu’ils ont gagné.

Propos recueillis par A. S.

Hamid Medjahed : Le parcours d’un précurseur

Il est aussi difficile de parler d’un artiste polyvalent qui a réussi à marquer de son empreinte la chanson kabyle surtout lorsqu’on parle d’un grand chanteur tel Hamid Medjahed, né en 1949 à la Casbah (Alger). Originaire d’Ichelladhen, à Akbou, ou il n’a jamais coupé les liens. L’enfant de la Casbah s’intéressa depuis son très jeune âgée à la musique, notamment le Châabi, le style le plus répandu à cette époque. Après une longue durée d’essai, il tenta son premier passage à la radio algérienne Chaîne II en juin 1969. L’émission où il a été programmé s’intitule "le Music-hall dhi Mejdahed Radio" animée par Mehenni et Acherouf Idir, et réalisé par Kamel Hamadi. Une entrée bien annoncée pour Hamid Mejdahed. Il a réussi à enregistrer à la chaîne II, sa première chanson en décembre 1969 qui s’intitule "Ayghar Lakhdaa" (pourquoi la trahison). L’enregistrement était assuré par un orchestre dirigé à cette époque par Maâti Bachir. Par la suite, le chanteur à poursuivit son chemin d’artiste, avec les différents chefs d’orchestre de la Radio. Son répertoire est composé aujourd’hui d’une quarantaine de chansons toutes enregistrées à la radio. Les chefs d’orchestres ayant travaillé avec Medjahed Hamid sont nombreux. Citons parmi eux : Maati Bachir, Teyssir Aklah, Alaine Touhami, Ammari Maamar, Abdallah Kerriou, Mohamed Guechoud, Mohamed Mokhtari, Chérif Kortebi, Mahmoud Aziz ….et d’autres. Il a composé également plusieurs opérettes dont "Assegas Aachrine" de Meziane Rachid et une autre opérette. "Génération après génération", animée par Ben Mokhtar. Le parcours de Medjahed Hamid est ainsi marqué par l’aide qu’il a constamment apporté aux chanteurs et chanteuses kabyles. Il a composé plusieurs chansons aux chanteurs et chanteuses qui l’ont sollicité. Certains d’entre eux ont pu réussir au fil des ans à s’imposer dans la scène artistique. La liste est longue mais on peut citer à l’occasion Nouara, Djida, Mouloud Habib, Aït Meslayen, Abdelkader Meksa, Méziane Rachid, Tawès…etc.

Il a participé bénévolement en qualité de musicien dans les studios d’enregistrement, Il a guidé et orienté un grand nombre de chanteurs. Ces derniers vautraient ses qualités en tant qu’artiste. Ses œuvres témoigneront de ce qu’il est. Medjhed Hamid n’a jamais voulu éditer ses chansons sur le marché, partant sur le fait que c’est aux éditeurs de le solliciter et non le contraire. Ce n’est que 38 ans plus tard et sur l’insistance de son public qu’il a enfin accepté d’éditer trois volumes englobant une vingtaine des ses meilleurs chansons. Actuellement, il prépare l’édition du quatrième volume qui sera composé de plusieurs chansons inédites.

Hormis le chanteur, Hamid Medjhed a également et surtout était un animateur. Il a produit plusieurs émissions radiophoniques à la Chaîne II, dont la fameuse émission “Ighneyen Uzeka" les chanteurs de demain. La particularité de cette émission comme le témoignent certains chanteurs était la franchise de Medjahed Hamid. L’animateur était d’un franc-parler devant ses invités. Il s’exprime en toute franchise sur le produit présenté par les hôtes de son émission. Cette émission remonte déjà à une vingtaine d’années, d’où ont émergé plusieurs chanteurs amateurs devenus actuellement des vedettes incontournables. Aussi, il exerce son rôle de conseiller à l’égard des nouveaux chanteurs qui passent lors des différentes émissions diffusées à l’écran de la télévision algérienne. A présent, Medjahed Hamid continue sans cesse de défendre farouchement l’art pour l’art. Par sa franchise, il considère toujours que l’art ne fait vivre que celui qui le pratique.

Akli Slimani

Réactions :

Ldjida Thamachtohth, chanteuse : "On a travaillé ensemble, Il m’a fait des compositions "

“Hamid Medjahed est un grand chanteur, c'est notre frère, je lui souhaite longue vie et beaucoup de réussite dans son parcours qui est encore long. Il a beaucoup donné à la chanson kabyle, on a travaillé ensemble, il m’a fait des compositions. Je lui souhaite bonne santé et réussite, car c'est ce qui compte dans la vie.”

Youcef Merahi, secrétaire général du Haut-Commissariat à l'amazighité : ''Hamid, on a encore besoin de tes chansons''

“La mémoire des hommes est oublieuse, on a tendance à oublier rapidement ceux qui ont servi l'Algérie, quel que soit le domaine d'activité. Je tiens donc à remercier l’association qui a pris cette initiative. Hamid n’a pas fait la chanson pour de l'argent, c'est de l'art pour l'art. Il a formé beaucoup de jeunes talents. Quand on écoute ses chansons, on a l'impression qu'il s'adresse directement à nous, ce qui n'est pas le cas pour d'autres chanteurs, surtout de la nouvelle vague que j'appelle des chanteurs fast-food, car ils utilisent l’électronique, pas comme Hamid, Aït Menguelet, Matoub Lounès, Akli Yahiyaten, Farid Ferragui, Si Moh... Hamid, on a encore besoin de tes chansons. Elles ont bercé ma jeunesse, notamment la chanson Kem".

Abdelmadjid Meskoud, chanteur : ''Hamid est un vrai moudjahid, je le lui dit aujourd'hui''

“C'est avec un grand plaisir que j'assiste, à cet hommage, rendu à ce grand chanteur. Hamid Medjahed m’a invité. Je suis là aujourd'hui pour lui, il mérite plus que cela. Car il a beaucoup chanté, et c'est un vrai régisseur à la télévision. Hamid est un vrai moudjahid. Je le lui dit aujourd'hui, toutes mes félicitations. Je te souhaite une longue vie.”

Lani Rabah, chanteur : “Il a tracé le chemin de différents chanteurs”

“Da Hamid est un grand chanteur et un bon conseiller. Il a réalisé beaucoup d'émissions radiophoniques, bien que ces dernières années il ait pris du recul. Da Hamid a tracé le chemin de différents chanteurs, c'est un honneur pour moi. J'ai les larmes aux yeux, parce que Da Hamid mérite un vibrant hommage. Le mérite revient à ces associations qui déterrent les grands chanteurs, parce que généralement, l’hommage se fait après le décès de la personne. C'est un témoignage et une façon de l’honorer. Aujourd'hui, nous sommes très heureux d’assister à cet hommage, et je tiens à remercier cette association qui a pensé à Da Hamid. Da Hamid, je te présente toutes mes sincères félicitations, je te souhaite longue vie, que Dieu te protège ainsi que ta famille.”

Ferhat Medrouh, chanteur : "Durant 40 ans de carrière, il n’a fait que du propre"

"Je remercie La Dépêche de Kabylie qui répond toujours présente en ces occasions et qui est venu couvrir l'évènement, tout comme je remercie cette association qui a organisé cet hommage. En ce grand jour, il mérite l’honneur de 40 ans de carrière, il n’a fait que du propre, espèrons qu'il y aura d'autres hommages pour les grands artistes qui sont si nombreux. Hamid longue vie."

Wardia Aïssaoui, chanteuse : "C’est grâce à lui que j'ai appris la chanson kabyle"

“Je suis déjà une grande fan de ce grand chanteur, avant même que je ne rentre dans le monde de la chanson, j'ai appris par coeur toutes ses chansons, c'est grâce à lui et à ses chansons que j'ai appris la chanson kabyle. Hamid je te remercie pour tout ce que tu as fait, personne ne peut oublier tous ces jeunes chanteurs qui sont passés dans ton émission. Ils se sont fait un nom grâce a toi. Je n’ai pas eu la chance de passer dans l'émission de Hamid, car, quand j'ai commencé la chanson, il a arrêté son émission Ighanayen ouzaka. Merci Hamid, longue vie et mille fois encore merci.”

Meziane Izourane : "Il faut qu'il fasse beaucoup de compositions"

“Cet hommage est quelque chose de bien, je remercie l’association Marhaba de Aïn Banian. Hamid Medjahed est parmi les grands et anciens artistes kabyles, il a beaucoup donné pour la chanson kabyle, comme il a aidé cette nouvelle génération, depuis l'émission Ighanayen ouzeka, c'est un grand monsieur qui a beucoup donné pour la chanson kabyle. A chaque fois qu'il s’agit d’un chanteur kabyle, on s'unit afin que la chanson kabyle ne meure jamais. Je lui dis bon anniversaire. On t'aime très fort, il est toujours en bonne santé et peut encore donner pour la chanson kabyle, il faut qu'il fasse beaucoup de compositions.”

Salima labidi, comédien : "Il mérite beaucoup plus"

“Il mérite beaucoup plus, car il a consacré sa vie pour la chanson kabyle et la musique kabyle. Hamid, je te souhaite longue vie, que Dieu te donne une bonne santé pour que tu puisses continuer ton parcours dans le monde de la chanson.”

Nouara, chanteuse : ''Hamid est un grand et il le restera pour toujours''

“J’espère que tous nos jours seront des fêtes, et inch’Allah, beaucoup de chanteurs seront honorés. Hamid est un grand et il le restera pour toujours car il le mérite bien. Toutes mes félicitations, Je te souhaite longue vie et une bonne santé.

dimanche 25 octobre 2009

BOUALEM RABIA (ÉCRIVAIN) : «Le roman amazigh doit prendre de l’essor»

La sortie d’un roman en langue amazighe est l’événement culturel le moins fréquent dans notre pays. Les romans écrits en tamazight se comptent sur des doigts d’une seule main. Le dernier roman en tamazight a été édité il y a plus de trois ans. La sortie du roman de Boualem Rabia, Nnig Usennan (éditions l’Odyssée) ne peut pas passer inaperçue. Dans cet entretien, l’auteur, qui a déjà publié un premier livre chez le même éditeur, intitulé Florilège de poésie kabyle, parle de son livre mais donne aussi sa vision de la littérature d’expression berbère.

L’Expression: Votre premier roman est écrit en tamazight. On se serait plutôt attendu à un roman en français, compte tenu de votre longue expérience professionnelle. Pourquoi le choix de tamazight?
Boualem Rabia: Si j’ai opté pour tamazight, c’est indéniablement parce que cette langue, qui est la nôtre, a plus que jamais besoin de produire par elle et pour elle, d’avoir sa propre création scripturale. C’est pourquoi j’ai décidé ainsi et brûlé mes vaisseaux. Ce que disait Robert Randau dans la phrase suivante, est à juste titre valable pour l’expression amazighe: «Il doit y avoir une littérature nord-africaine, parce qu’un peuple qui possède sa vie propre doit posséder aussi une langue et une littérature à lui.»
Si nous voulons que notre langue ait sa place au soleil, il faut absolument qu’elle cesse d’être à la botte des autres langues dont nous usons pour nous dire, dire notre société, notre vérité d’être...Pour vivre notre culture de l’intérieur, disons-la aussi et surtout dans la beauté de notre propre langue. Certes, il y a toute une pléthore de recueils de poèmes (certains sont extraordinaires et de portée universelle) mais cela reste très insuffisant: il faut que le roman (entre autres genres) prenne de l’essor. L’épanouissement de notre culture doit tenir compte de l’incontournable création littéraire dans toute sa diversité. Pourquoi le choix de tamazight? Parce que «le Printemps berbère» et «le Printemps noir» doivent être maintenant justifiés et honorés par un réel épanouissement de notre langue, de notre culture. Question idoine pour me rappeler la célèbre sentence de Kateb Yacine: «On ne sort pas d’une révolution pour fermer sa gueule!»

Le titre de votre roman, Nnig Usennan est saisissant. Que symbolise-t-il pour vous?
Nnig Usennan (Au-dessus de l’épine) est un titre tiré d’un proverbe kabyle (tamegra nnig usennan) qui, en substance, veut dire que nulle moisson n’est acquise, si l’on n’a pas prêté ses mains et ses bras aux épines du chardon et du pa-nicaut. Un titre qui symbolise pour moi le sacrifice, l’abnégation et le désintéressement dans toute lutte pour une cause juste...Ici, il m’appartient de dire que la «question amazighe» est utilisée par beaucoup de faux militants comme un cheval de Troie. Et c’est là aussi que gît une part du problème de tamazight.

Pouvez-vous résumer la trame de votre roman?
Une trame faite de rêves parfois impraticables et de réalités amères. Comme dans toute oeuvreromanesque, l’auteur a beau le nier, même inconsciemment, il s’y reflète. Il y met sa douleur et son espoir, son amour et ses dédains, ses doutes et ses certitudes...A travers les personnages (Ba Zemni, Sedda, Wecci...) aucune pensée, aucun comportement n’est invraisemblable ou fortuit. Symboliquement, la saga d’une tribu (At Nubel) transplantée, que le doyen, le patriarche (Ba Zemni, le dépositaire de la mémoire ancestrale) tente, avant sa mort, de ramener à la source, à l’identité première.

On n’écrit pas un roman sans avoir beaucoup lu et sans avoir été influencé, voire profondément marqué par certains auteurs. Quels sont vos écrivains préférés et pourquoi?
Effectivement, je lis énormément et depuis toujours. Influencé...naturellement, je le suis par Mammeri, Kateb Yacine, Zola, Kafka, Baudelaire...Enfin, comme dirait l’autre, en citer c’est en oublier. Pourquoi? Tout sottement, peut-être, en chacun, dès ma prime jeunesse, j’ai trouvé l’outil essentiel pour sculpter une facette de mon monde intérieur.

Souvent, on présente l’écriture romanesque comme une forme de thérapie. On écrit pour ne pas subir. Etes-vous d’accord avec cette définition?
Tout à fait d’accord! J’ai toujours écrit, traduit, peint, chanté des mélopées anciennes, fait partie du fameux groupe musical des années 70-80: Yougourthen, en vue d’exorciser la solitude, l’oubli des belles choses essentielles que l’absurdité tente de dénaturer, dévitaliser, voire annihiler.

Les écrivains écrivent aussi par nostalgie. On écrit parce que les temps révolus ne pourront plus revenir et qu’on pense que le bon temps est toujours derrière nous. Ce qui n’est pas toujours le cas. Quel est votre avis?
J’écris pour refuser le désenchantement d’un environnement de plus en plus déshumanisé, quedéserte progressivement toute poésie. Oui, dans le plus clair des cas, j’écris par nostalgie. D’ailleurs, ma muse s’appelle Nostalgie.

La production romanesque en tamazight se limite à moins d’une vingtaine de romans plus ou moins sérieux. A quoi est due, d’après vous, cette faiblesse?
Triste réalité. A mon humble avis, cette carence résulte du fait que la langue amazighe est fraîche émoulue de l’oralité. Elle n’est enseignée que depuis une date très récente. Une langue multimillénaire marginalisée, frappée d’interdit sur son propre territoire! Si elle est encore parlée par des millions de Maghrébins, très peu savent l’écrire. Toutefois, s’il y a une réelle volonté des Etats concernés de promouvoir cette langue (cette culture, que l’on aurait plutôt tendance à folkloriser), ils doivent prendre des initiatives conséquentes, sincères, allant dans le sens de cette promotion, en y mettant les moyens adéquats et en visant un public plus vaste, au lieu de la cantonner dans des régions bien définies...Inutile de s’étaler là-dessus! Sinon, même si le roman est le genre littéraire qui tarde le plus à se consolider dans le domaine amazigh, l’espoir ne fait pas défaut: il existe de jeunes talents qu’il suffit d’encourager. L’effort et la volonté des écrivains amazighophones, qui écrivent dans d’autres langues, seraient d’un apport considérable dans l’usage cultivé de leur langue maternelle, pour le panorama littéraire amazigh.

Parlez-nous de votre expérience dans le domaine de la traduction. Il est très difficile de traduire du tamazight vers le français, surtout s’agissant de poésie. Comment vous vous y prenez?
C’est toujours par amour pour cette langue que j’écris ou traduis (du kabyle au français ou inversement). «Traduire, c’est trahir», dit-on. Ce n’est pas toujours faux. Mais au moins, quand on veut éviter les coups de Trafalgar dans ce domaine (poésie), l’on doit se sentir à l’aise dans les deux langues, l’on doit sentir que le souffle poétique n’est pas uniquement dans la rime, encore moins dans la traduction littérale du vers. Il faut une certaine relation charnelle avec le verbe, l’âme du verbe. C’est tout comme en musique: la chose se sent mais ne s’explique point.

Qu’en est-il de votre expérience dans les scénarios de l’audiovisuel?
Une expérience édifiante. En tout, six ou sept productions depuis les dialogues et les décors de La Montagne de Baya de A.Meddour jusqu’à H’nifa, une vie brûlée de S.Allam et R.Iftini. Il me reste quelque part un goût de déconvenue, quant aux dialogues kabyles.
Par la force des choses, on a souvent «charcuté», rendu insipide telle ou telle phrase, tel ou tel passage dans ma version kabyle, qui tente de réhabiliter un mot, une expression...Et étant perfectionniste, quant à l’expression dense mais exhaustive, c’est là toute la beauté du verbe kabyle, j’ai dû assez souvent essuyer des convenues sur le plateau ou à la sortie du film. Mais les quelques films amazighs culturellement valables ont, en dépit de tout, le mérite d’exister. Pour le reste, l’on est en train de reproduire l’hécatombe qu’a déjà subie la chanson.

Entretien réalisé par Aomar MOHELLEBI

jeudi 22 octobre 2009

Entretien avec Abdelaziz Hammouche : ''Il faut résider dans la capitale pour se faire connaître''

Abdelaziz Hammouche a commencé à apprendre à jouer de la guitare et à chanter en 1979. A cette époque, il avait à peine 20 ans. Dès la fin de l’année 1981, il se sent prêt à se produire sur scène comme chanteur amateur. C’est ainsi qu’il a eu à animer des galas artistiques à El-Kseur et ses environs. Avant d’avoir un répertoire, il fera comme tous les débutants, des reprises de Salah Sadaoui, Ali Yahiatène, Youcef Abjaoui, Hsissen, Dahmane El-Harrachi et, surtout, El-Hasnaoui. Ce dernier est son chanteur préféré au point qu’à El-Kseur, on l’appelle carrément El-Hasnaoui puisqu’il connaît parfaitement tout son répertoire. Quant au style qu’il a fini par adopter pour son répertoire, Abdelaziz Hammouche a choisi le Chaâbi kabyle modernisé. Primé dans plusieurs festivals et concours même s’il ne participe pas beaucoup à ce genre de manifestations culturelles, il se décide enfin à mettre sur le marché un produit. Nous l’avons rencontré à El-Kseur, dans son atelier de couture, un artiste ayant atteint une grande maturité : Il aura 50 ans le 10 novembre 2009.

La Dépêche de Kabylie : Cela fait 30 ans que vous chantez et vous avez même votre propre répertoire. N’avez-vous pas l’intention de produire ?

Abdelaziz Hammouche : Justement, je suis en train d’enregistrer un double-album de 10 chansons.

Mise à part une reprise, les neuf autres chansons datent des années 80, plus exactement entre 1982 et 1984. En fait, pour la reprise, il s’agit d’une musique marocaine à laquelle j’ai écrit mes propres paroles. Elle date de 1991.

 

Avant d’en revenir à votre répertoire, parlez-nous de cette musique marocaine que vous avez reprise.

Je l’ai faite pour moi-même et elle est destinée aux fêtes. Le chanteur marocain qui l’a composée s’appelle si je me souviens bien Mohamed El-Maghrabi.

D’ailleurs, elle a même été reprise par Akli Yahiatène et El-Aouinet. Quant au texte que j’ai écrit, je l’ai composé comme je le ressens.

 

Parlons-en maintenant de votre répertoire. Qu’est-ce qui vous a empêché de produire un album puisque ces chansons datent des années 80 ?

Pour la simple raison qu’à l’époque je ne faisais que chanter sans avoir aucune connaissance en musique. Je n’étais pas sûr de moi.

Ce n’est que depuis une dizaine d’années que mon ami Boubekeur Terki, que je considère comme étant mon maître, m’initia au solfège, aux genres et à l’histoire de la musique, et cela, après avoir étudié à l’ITE de Bouzaréah d’où il est sorti professeur de musique.

C'est-à-dire que, déjà à l’époque, vous étiez conscient que la musique est une science en plus de son côté artistique.

Exactement. Aujourd’hui, je suis capable de dire dans quelle gamme je chante par exemple. J‘ai beaucoup appris depuis dix ans.

 

A part les connaissances que vous avez acquises, que vous ont apporté ces années de perfectionnement ?

Avant de parler de perfectionnement, je vais essayer de vous résumer brièvement ma carrière. J’ai donc commencé en 1979 avec des reprises avant de créer mon propre répertoire à partir de 1982. Ensuite, il y a eu le service militaire de 1983 à 1985. A ma sortie, j’ai été occupé par la construction de ma maison sans oublier les problèmes familiaux et le travail. Il y a eu aussi mon mariage et les obligations que cela entraîne. Durant cette période, il m’est arrivé de ne pas toucher à mon instrument durant plus de six mois. Donc, il m’était impossible de me perfectionner à cette époque. C’est ainsi que ce n’est que depuis 1991 que je me suis remis sérieusement à la musique avec l’aide, comme je vous l’ai dit, de mon maître, Boubekeur Terki, que je connais depuis 1977. A l’époque déjà, nous jouions ensemble. Par la suite, il a étudié la musique à l’ITE de Bouzaréah.  La suite, vous pouvez la deviner facilement. Ce qui m’a comblé et je le tiens à vous le dire, c’est que lorsque j’ai appris les gammes et acquis une base, je me suis rendu compte que, quand même, durant les années 80, je chantais juste.  Toutefois, il y a un point que j’aimerais souligner car il me tient vraiment à cœur depuis longtemps : il faut reconnaître que mis à part les chanteurs engagés, il faut résider dans la capitale pour se faire connaître.

 

Est-ce une question de moyens, d’opportunités ou de public ?

A Alger, même avec peu de moyens, on peut faire une bonne carrière puisque tout se trouve là-bas : L’ENTV, les Radios et les écoles. Il suffit d’un dinar pour se rendre par exemple à la Chaîne 2, ce qui n’est le cas pour nous car il nous faudra beaucoup de dépenses. Constatez-le vous-même, toutes les grandes vedettes résident à Alger. Et cela n’est pas valable uniquement pour la musique. Par exemple, étant tailleur de métier et faisant de la haute couture, si je résidais à Alger, je ne peux même pas vous dire où est-ce que j’en serais aujourd’hui.

 

Vous venez de parlez d’une réalité...

Encore une fois, faites le constat vous-même. D’El-Anka à Mohamed Allaoua, toutes les grandes vedettes ont habité Alger : El-Anka, Ezzahi, Chaou… J’irai même jusqu’à prétendre que Chérif Kheddam en personne ne serait pas devenu une célébrité s’il n’était pas à Alger. Les exemples ne manquent pas.

 

Revenons-en au double album que vous êtes en train d’enregistrer. Pouvez-vous nous parlez de son contenu ?

Il y a donc les chansons que j’ai composées entre 1982 et 1983, puis celles que j’ai écrites lorsque j’étais sous les drapeaux. Ce sera donc le premier album. Le deuxième suivra quelques mois plus tard. Bon, pour les thèmes, ils sont toujours d’actualité puisqu’ils traitent de l’amour et du social. Bien entendu, il y a aussi une chanson qui traite des conditions difficiles dans lesquelles les militaires appelés passent leur service national. Maintenant pour les arrangements, mon ami et mon maître, Boubekeur Terki s’en occupe avec l’aide des musiciens qui ont une grande expérience dans ce domaine. En tout cas, je veux que cela soit un bon produit. De plus, je tiens beaucoup à ce que le premier album sorte le 10 novembre 2009 car, ce jour-là, j‘aurai 50 ans.

 

A part la musique, que faites-vous dans la vie ?

Je suis tailleur et je fais même de la haute couture. J’ai des clients qui viennent même d’Alger et de Boufarik. C’est pour cela que je vous ai dit tout à l’heure que si je résidais à Alger, je ne sais pas où est-ce que j’en serai aujourd’hui. A El-Kseur, c’est grâce au bouche à oreille que cela marche sans oublier aussi les fêtes. En effet, je fais également les robes de fiançailles et de mariages. Toutefois, je suis tailleur pour hommes et femmes. Avant d’être tailleur et jusqu’à 1987, j’étais dans l’enseignement à El-Kseur.

 

Le mot de la fin ?

Je garde un très bon souvenir du passage de Médjahed Hamid à El-Kseur en 1981. Je suis donc passé à la Chaîne 2 en interprétant une chanson d’El-Anka et "A tir El-Qefs" de Hsissen. Sinon, je ne participe pas beaucoup aux festivals. Enfin, je tiens à remercier les associations, le C-RA et l’APC de Seddouk qui m’invitent chaque année.

Propos recueillis par Amastan S.

Entretien avec Mohamed Benbaba, commissaire du festival : ''Il y aura beaucoup de surprises''


La deuxième édition du Festival culturel local de la musique et de la chanson kabyles aura lieu du 3 au 8 décembre 2009 à la Maison de la culture Taos Amrouche de Bgayet. C’est ce que nous a déclaré Mohamed Benbaba, directeur de cet établissement qui a été nommé commissaire du festival après le départ d’Ahmed Aici à Mostaganem. Nous nous sommes rapprochés du nouveau commissaire du Festival culturel local de la musique et de la chanson kabyles pour en savoir plus sur cette deuxième édition.

La Dépêche de Kabylie : La deuxième édition du Festival culturel local de la musique et de la chanson kabyles aura lieu en décembre et vous avez été nommé commissaire de cette manifestation après le départ d’Ahmed Aici à Mostaganem. Pourquoi ce retard ?

Mohamed Benbaba : Effectivement, Ahmed Aici ne peut plus s’occuper de ce festival puisqu’il a d’autres tâches et un emploi du temps très chargé à la Maison de la culture de Mostaganem. Quant à moi, j’ai été nommé à sa place, par Mme la ministre de la culture,  tout récemment et vu l’importance de cette grande manifestation, les passations de consignes ont pris beaucoup de temps. Toutefois, j’estime que la date du 3 au 8 décembre 2009 est idéale puisque, juste après, le Festival culturel national de la musique et de la chanson amazighes sera organisé à Tamanrasset du 19 au 25 décembre 2009. En effet,  nos artistes, qui représenteront la Kabylie, seront encore frais pour le national et auront la même bravoure à Tamanrasset.

 

En dehors du concours, que comptez-vous faire durant cette deuxième édition du Festival culturel local de la musique et de la chanson kabyles ?

Personnellement, j’ai mon idée et ma vision. Ce sera un grand festival. Le jour de l’ouverture, il y aura un grand défilé de la place Gueydon à la Maison de la culture avec des artistes qui vont porter des masques de grandes figures de la chanson kabyle. C’est ainsi que la population de Bgayet verra, par exemple, un Slimane Azem marcher durant ce défilé et entrer à la Maison de la culture. Nous allons confectionner une vingtaine de masques pour les artistes qui ont beaucoup donné à la chanson kabyle. De plus, la façade de la Maison de la culture sera relookée. Ce sera une citadelle. A l’intérieur, nous souhaitons également exposer l’histoire de la musique de l’époque grecque à nos jours… etc. En tout cas, il y aura beaucoup de surprises. J’ai un autre objectif qui consiste à faire participer la population à ce festival, pas uniquement en tant que spectatrice.

 

Cela est vraiment nouveau. Vous venez de parlez des grandes figures de la chanson kabyles. Justement, comptez-vous inviter celles qui sont encore vivantes, comme Kamal Hamadi, Chérif Kheddam, Ferhat Mehenni, Malika Domrane, Idir… etc. ?

Nous allons inviter tout le monde. Ce sera à eux d’accepter ou de décliner l’invitation. Personnellement, j’aimerais bien que les artistes kabyles qui sont à l’étranger reviennent au bercail.

 

Il y a aussi le colloque qui a eu lieu durant la première édition du Festival en partenariat avec le commissariat du film amazigh. Sera-t-il maintenu ?

Non seulement il sera maintenu, mais il y aura aussi des ateliers pour les artistes. Cette deuxième édition verra également la présence de grands musicologues, de docteurs et d’académiciens qui donneront des conférences. Je vous le répète encore, il y aura beaucoup de surprises.

 

Et côté moyens, est-ce que le ministère de la Culture et la wilaya de Bgayet se sont impliqués comme cela ce fut le cas l’année passée ?

Oui. Ils attachent beaucoup d’importance à ce festival. Ils ont toujours été à nos côtés durant toutes les manifestations culturelles importantes.

 

Le mois de décembre n’est pas loin. Où en êtes-vous avec les préparatifs ?

Nous avons déjà élaboré un programme provisoire et nous continuons à contacter ceux que nous voulons ramener pour animer ce festival. Donc, en plus des docteurs en musicologie et académiciens qui auront à animer les conférences, le jury sera aussi composé de spécialistes de cette trempe car il faut donner plus de crédibilité à ce festival.

 

Pour conclure ?

J’aimerais bien faire participer la population de Bgayet, pas uniquement comme spectatrice mais aussi comme actrice. Quant au programme, je n’ai pas voulu le divulguer entièrement car je tiens à réserver au public de grosses surprises lors de l’ouverture et la clôture du festival.

 

Entretien réalisé par Amastan S.

mardi 20 octobre 2009

Boudjima (Tizi Ouzou) : La commune oubliée


En été comme en hiver, les citoyens de Boudjima ont développé une patience très particulière, celle de vivre sans eau !? Malgré que cette municipalité se trouve à 30 km, seulement, du fameux barrage de Taksebt, l’alimentation en eau potable reste son problème fondamental. Tenez-vous bien, la population n’est desservie, généralement, qu’une fois par semaine.

Or, les gens ont payé les compteurs, contre près de 3000 DA et reçoivent les factures régulièrement de l’ADE. Ainsi l’Algérienne des eaux réclame à ses abonnés « d’office », 300 DA d’abonnement chaque mois pour une eau qu’il n’auront pas eu. Toutefois, l’eau se fait vraiment précieuse. Les robinets sont oxydés à force de l’absence de ce liquide inestimable. En outre, la plupart des conduites sont anciennes et les fuites surviennent d’une manière régulière. En attendant de résoudre l’embarras de l’eau définitivement, les citoyens refusent de payer leurs factures. « Tant que je n’aurai pas de l’eau quotidiennement à domicile, je ne payerai pas un sou », déclare un habitant, en colère. Outre la défaillance dans la dotation de l’eau, ladite commune se débat dans des problèmes qu’on n’arrive guère à dénouer. Juste après ce problème majeur, les campagnards se plaignent des coupures d’électricité et des chutes de tension répétées. D’ailleurs, ils accusent la Sonelgaz de délestage durant la saison de la grande chaleur. Un quinquagénaire souligne : « Ils font exprès de nous couper l’électricité pour permettre aux grandes villes de l’avoir, c’est toujours nous, les montagnards, qui payons la mal-gérance dans ce pays. » Pour régler ce problème, les autorités locales ont alerté la Sonelgaz.

Depuis, la situation s’est améliorée. Néanmoins on signale souvent des coupures de courant de courte durée et des chutes de tension. Les clients de cette société nationale la mettent en garde contre une situation semblable durant l’hiver prochain. Dans le même sillage, la localité de Boudjima est privée de l’une des commodités les plus élémentaires, à savoir l’alimentation en gaz de ville. Pour cela, les foyers utilisent le gaz butane. La bouteille est cédée contre 220 DA par les dépôts et les stations Naftal existants dans la commune. Ce qui fait un fardeau de plus sur les bourses moyennes et modestes, très nombreuses, dans cette contrée. En plus, la bouteille du butane fait l’objet de spéculations à chaque saison hivernale. Le raccordement au réseau de gaz de ville reste le rêve. Aucune personne dans cette circonscription ne songe à voir un tel projet se réaliser dans les quelques années à venir. « Du gaz de ville à Boudjima ? Même pas dans les rêves ! », s’exclame un jeune étudiant. Paradoxalement, la canalisation, conçue pour alimenter la commune limitrophe de Ouaguenoun, est fin prête.

Chômage galopant

Le réseau routier est également dans un mauvais état. Les routes dépourvues de fossés et de caniveaux deviennent impraticables durant certaines périodes de l’année. De plus, on note l’inexistence complète des trottoirs dans toutes les routes, même au chef-lieu de cette localité. Quoique plusieurs pistes aient bénéficié des projets communaux de revêtement, plusieurs quartiers s’indignent de la façon dont la mairie a désigné les priorités des pistes à bitumer. « C’est irresponsable de la part de l’APC de ne pas permettre le bitumage du chemin reliant notre quartier à Ldjamaâ Oumzug et Tighiltarkisth. Pourtant, ce projet une fois réalisé, permettra de désenclaver tout un village, sinistré a chaque fois que quelques gouttes tombent du ciel. Il permettra aussi, à certains propriétaires de garages de les transformer en locaux commerciaux fleurissants, une activité presque absente dans le village. Des fonctionnaires de l’urbanisme sont venus plusieurs fois pour prendre les mesures mais sans donner une suite jusqu’à maintenant », s’agace un habitant du quartier Thissiraydou.

Sur un autre volet, des grands villages tels qu’Assekren, Afir et Tarihant réclament l’achèvement de la ligne téléphonique limitée, depuis des années, au chef-lieu de la commune et ses environs. Malgré la couverture excellente des réseaux de la téléphonie mobile, les jeunes de ces villages veulent bénéficier des services qu’offre la téléphonie fixe dans notre pays. Particulièrement, ils désirent s’abonner à Internet, l’ADSL de préférence. « Étant accro à l’Internet, je suis obligé de me déplacer chaque jour au chef-lieu de la commune pour me connecter dans un cybercafé. Sans oublier que ceci me coûte, aussi, une petite fortune », explique Madjid, un jeune passionné de la toile virtuelle. Ce service des télécommunications est devenu le seul refuge pour les jeunes et les chômeurs, en l’absence d’infrastructures culturelles et sportives et la persistance du chômage.

Ce fléau généré par une exclusion sociale pousse de plus en plus les jeunes, vers les zones urbaines (Tigzirt, Tizi Ouzou et Alger). Ils cherchent d’autres alternatives, quasi inexistantes dans leur localité, pour un cadre de vie meilleur. Un retraité de la fonction publique rétorque : « Tout le monde veut quitter cette misère. Les étudiants n’attendent que leurs diplômes pour partir ailleurs, très loin d’ici. Les autres se débrouillent n’importe comment pour avoir un visa qui leur permettra de rallier l’occident. Si ça continue comme ça, il ne restera que les vieux et les enfants dans notre commune. » Quelques jeunes artisans et commerçants dénoncent, également, le laxisme et le laisser-aller des responsables concernant le projet des « locaux du président ». Ils n’ont eu aucune trace de ladite formule depuis que le président de la République l’a annoncée. On note aussi que les bénéficiaires des logements ruraux qualifient d’« une lenteur exagérée » les procédures pour l’octroi de l’aide à l’auto-construction. En matière d’éducation, les citoyens réclament le transport scolaire pour leurs enfants et le chauffage dans les salles de classes. Les parents espèrent aussi, dans le moyen terme, avoir un nouveau lycée. Le lycée de Boudjima est, en fait, un ensemble de chalets préfabriqués dépassés par le temps. La moindre petite neige ou goutte d’eau renvoit les lycéens chez eux. Le secteur de la santé, quant à lui, est en état de latence. Bien qu’il y ait un dispensaire, les malades souffrent le martyre. Pour une simple urgence, une radiographie médicale, une prise sanguine ou simplement pour avoir une carte de groupage, il faut se déplacer vers Tikoubaïne, le secteur sanitaire le plus proche.

Un minimum de commodités

Concernant le domaine du siècle, l’environnement, les habitants des frontières forestières de Sahel crient : « Halte au génocide contre la nature verte et pure de Yaffadjen. » Cette petite mechta, « la porte des oliviers », est réduite à une simple décharge publique. Jour après jour, les images de cette belle nature vont disparaître et la chance de boire de l’eau pure dans un petit lac, de la forêt de Sahel, se volatilisera dans l’air, tout pourri, tout pollué. Plus grave encore, on a pensé même à l’élargir pour qu’elle puisse recevoir les ordures de toute la région !? Pourtant Sahel comme Cheriâa au nord peuvent devenir un grand pôle du développement rural générateur de plusieurs postes de travail. Les responsables ont négligé leurs capacités touristiques ; les magnifiques scènes de Cheriâa et les sites paradisiaques de Sahel. En exploitant correctement toutes leurs richesses, Sahel et Cheriâa ont les moyens de se transformer en joyaux touristiques et agricoles qui pourraient, à eux seuls, éradiquer le chômage et tout ce qui s’en suit. Dans ce sens, l’APC a initié une vaine campagne de mise en valeur, gratuite, des terres agricoles de la région.

Néanmoins, c’est une bonne voie pour tenter de réanimer l’agriculture locale qui était très forte avec ses terres fertiles et son oliveraie. En attendant que la politique du bricolage s’arrête et qu’on se mette au travail sérieux, les citoyens de Boudjima exigent des autorités locales plus d’attention pour leurs carences. « Nous ne demandons pas un miracle, juste le minimum de commodités pour un cadre de vie décent et faire revivre, dans nos cœurs, l’esprit de la citoyenneté et la fierté de l’appartenance à un pays libre et si riche », soutient un moudjahid de la région. De la sorte, Les gens retrouveront, peut-être, le sourire perdu, il y a longtemps. Ils étaient jusque-là inquiets par le règne de l’insécurité. Plusieurs quartiers sont devenus le fief des agressions, la consommation de la drogue et la vente illicite des boissons alcoolisées. Certes, cette situation s’est compliquée davantage depuis les événements de Kabylie de 2001. Toutefois, elle est le résultat logique de l’état d’une population désespérée et agacée par la dégradation incessante du cadre de vie sociale. Mais elle est, surtout, l’œuvre d’une jeunesse effrayée par un avenir sombre.

Par Samir Ghezlaoui

Abdenour Ziani, : “Le cinéma est aussi une arme par l’image”

La Dépêche de Kabylie : Les ateliers de formation de la 3ème édition de Béjaïa Doc se sont déroulés du 08 au 18 du mois courant et aujourd’hui, mardi 02 octobre 2009, vous allez entamer les projections pour le public. Malheureusement, la formation n’a pas eu lieu comme prévu à la cinémathèque de Bgayet.


Abdenour Ziani : Eh bien, cela reflète bien l’état des lieux des salles de cinéma en Algérie car Bgayet ne fait pas exception. Les travaux traînent depuis deux ans et cela a été aussi le cas pour le Théâtre qui était resté fermé pendant trois ans et c’est vraiment dommage. Sinon, effectivement, nous aurions vraiment souhaité organiser cette 3ème édition de Béjaïa Doc à la cinémathèque qui est le lieu adéquat pour cela mais…

Le coup de starter des projections sera donné aujourd’hui, en nocturne, à la Maison de la culture Taos-Amrouche de Bgayet. En attendant, pouvez-vous nous parler des ateliers de formation qui ont eu lieu du 08 au 18 du mois courant ?

En fait, Béjaïa Doc sont des rencontres cinématographiques organisées par Cinéma et Mémoire en partenariat avec Kaïna Cinéma. Nous en sommes à la 3ème édition. Ce n’est donc pas un festival et, effectivement, la priorité est donnée à la formation documentaire. Durant la 1ère édition, nous avons pu réaliser 6 documentaires et cette année 7 ; nous espérons en réaliser plus l’année prochaine. Pour cette année, les ateliers de formation ont eu lieu, dans une résidence appartenant à un ami militant socioculturel, à huis clos. Les stagiaires ont été sélectionnés selon les synopsis qu’ils ont présentés et qu’ils devraient développer avec les formateurs en scénarios tout en apprenant également les techniques du cinéma à l’instar du développement de sujets, de l’analyse et de l’éducation à l’image l’analyse du genre documentaire. En tous cas, ils sortiront après toutes les étapes de la formation et d’accompagnement, car, ils ne viennent de terminer que la première, concernant les métiers du cinéma et l’analyse. Donc, plus tard, nous allons accompagner ces stagiaires dans le tournage et le montage de leurs films documentaires que nous espérons présenter l’année prochaine.

Quel est l’objectif de ces formations ?

Il s’agit de donner l’occasion à ceux qui veulent s’exprimer, ou même raconter leur vécu par l’image, comme cela se fait par écrit avec la narration. D’autant plus qu’à part l’INADC qui veut relancer l’audiovisuel, il n’y a rien en termes de formation en Algérie.

Venons maintenant aux projections puisque le coup de starter sera donné ce soir à la maison de la culture Taos-Amrouche. Est-ce que vous allez aussi présenter les documentaires réalisés par les stagiaires que vous avez formés en 2007 et 2008 ?

Oui, bien sûr. Mais, vous n’ignorez pas que nous sommes tombés sur des dates fatidiques, à savoir, le 17 octobre 1961, le 1er-Novembre-1954 sans oublier le 28 octobre 1989 qui est la date de la mort de Kateb Yacine. Pour cela, il y aura des hommages à de grandes figures. D’ailleurs, l’ouverture débutera pas un hommage à Ali Zammoum avec le film de 53’ Les racines du brouillard de Dounia Bovet-Woltèche en présence de Boudjemaâ Karèche. Pour la clôture, nous avons choisi La chine est encore loin de 90’ de Malek Bensmaïl ce qui est paradoxal puisqu’il y a un hadith du prophète qui dit : Demandez le savoir même en Chine. En fait, c’est pour dire que nous ne sommes pas encore sortis de l’auberge. Tout cela sans oublier les leçons de cinéma qui auront lieu chaque jour à partir de demain, mercredi 21, de 10h à midi.

Avez-vous un message pour le public ?

J’invite les jeunes à venir découvrir ce qu’on fait afin de prendre conscience sur le fait que l’image est une arme. En effet, c’est une façon de porter un regard sur l’autre, que ce soit de l’extérieur ou de l’intérieur et de communiquer. C’est ce que j’appelle l’arme par l’image.

Entretien réalisé par Amastan S.

AdSense